11 juil. 2010

La pêche au nain

Il fait chaud, très chaud et le nain s'ennuie.
Il te gave, chouine, trouve que patauger dans sa piscine Spiderman c'est bien un moment mais après, les doigts sont fripés et ça fait peur.
je te jure, ya même spiderman au fond

Tu ne sais plus quoi faire pour l'occuper.

Dessins, peinture, pâte à modeler, cendrier en pâte à sel (qui sèche dans la seconde), pochoirs, tampons encreurs, masques, papier mâché, stickers et coloriages (achetés par lots de 100 aux soldes) colliers de perles, moulages en plâtre, courses de voiture (et tracteurs) dans le sable, télé (tous les dividis ont été vus et revus).
pas mal le nain, et c'est quoi sinon??


tu t'ennuies le nain? Aide plutôt ce niais de Tchoupi à s'habiller, va.


Tu as même fait des gâteaux, des glaces, et le nain a pressé cinquante citrons pour faire un délicieux sorbet. Merci le nain, mais "on faiiiiiiit quoiiiiiiiiiiii mamaaaaaaaaaaaa???", je "m'ennuiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiie". Oué, moi aussi tu m'ennuies.
le dream du nain. Dreame pas le nain, ça coûte un bras. Et faut la gonfler aussi.

En clair, rapidement, le nain a épuisé toutes les ressources de la maison, et du site tête à modeler (qui propose de mirifiques activités pour wondermaman patiente et manuelle, pas moi quoi). Comme tu ne vas pas aller tous les jours à la piscine (parce que c'est épique la piscine, j'ai un témoignage de maman qui va suivre dans quelques jours, tu vas pouvoir savourer), comme tu ne vas pas squatter chez tes amis qui ont un mini trampoline et une piscine à balles (bande de bourges) dans leur jardin, comme tu ne vas tout de même pas passer ta journée à faire tes courses au Carrouf' et comme ton épicier ne fait pas encore "Club Mickey", j'ai trouvé pour toi un petit jeu qui ne paye pas de mine mais qui risque d'occuper ton nain quelques minutes.
Quoi? C'est tout?? oui, mais crois moi, en cette période de ouacances, c'est déjà ça.

une priiiiiise le nain, une priiiiise!!!

ça s'appelle la "pêche enchantée" et c'est fnac z'éveil zé jeux qui te propose ça. C'est chouette, c'est en bois (Djéco mon ami), la boiboîte est jolie, les pitis poâssons sont meugnons et ça amuse le nain. Et sa mère aussi, c'est pas du lusque. En plus, c'est pas très cher, remercie pas, je sais que tu n'es rien qu'une grosse radine. Le principe: 2 cannes à pêche aimantées au bout/ une dizaine de poiscailles colorés avec un ptit truc aimanté. Je ne te fais pas l'affront de t'en dire plus, si??
Inconvénient : le nain veut jouer avec toi.
Avantages: comme tu gagnes, le nain ne veut plus jouer avec toi.
A partir de 16 mois, c'est oki, dixit Solal, pêcheur d'espadon qui pousse un cri de joie (assez strident ma foi) à chaque prise. Et qui adore poursuivre son frère avec la canne brandie tel un coutelas.

Dans la même série, tu as la pêche aux canards qui te permet de coupler tes deux missions principales de parent dévoué pendant ces vacances :occuper le nain/rafraîchir le nain.
à ne pas confondre avec ton canard vibrant, ça fait mauvais genre et c'est plus difficile à attraper tout de même

En tout cas, sache que je compatis, car la chaleur est l'ennemie du nain. Il dort mal, a chaud, et un nain qui a chaud est un nain enervé.
Tu peux donc me remercier car, grâce à ma merveilleuse personne, tu as gagné dix minutes, voire plus, de tranquilité. Jusqu'à ce que grand nain décide de mettre un coup de canne à pêche à petit nain. Qui décide de balancer tous les canards/poâssons, à l'autre bout de la maison, que le chien en croque un en passant et que tu te retrouves, transpirante et enervée, à chercher un canard perdu sous le canapé.

A ce moment, sois gentille de m'oublier.
Et file leur chacun une tapette à mouche, au moins, il seront utiles.

7 juil. 2010

Tracteur et cie

Toi qui as un nain couillu, tu as au moins tapoté une fois dans ta vie "tracteur" sur ton Gougeul.
Ne me mens pas.
Pour trouver, au choix, un t-shirt tracteur, une couette tracteur, un dessin animé tracteur ou un zoli livre passionnant sur les tracteurs.
Je dis tracteur, mais bien évidemment, tu peux relire mon intro en remplaçant le mot tracteur par camion benne, pelleteuse, tracto-pelle, grue, camion-toupie ou encore tombereau (d'ailleurs c'est fou que le nain réussisse à emmagasiner autant de vocabulaire alors que "ça lui arracherait la tronche de dire SILTEUPLé le nain??")
montre ça au nain. Youhou, il est content.

Avant d'avoir des nains, je ne pensais pas un jour admirer les engins de chantier en regrettant que le nain ne soit pas derrière moi pour profiter du pestacle.
Maintenant, comment dire, ma vie a changé.
Je prête attention aux moissonneuses batteuses, je sais que le tombereau ne peut pas rouler hors d'un chantier parce qu'il est "cro lourd maman", je suis contente de croiser un zoli camion (ou encore mieux un convoi exceptionnel) et je me réjouis si un gentil agriculteur propose à mon cher nain de faire un tour en tracteur.
Oui, je sais, achève moi, je suis lamentable.

Va savoir pourquoi, le nain adore et vénère tout ce qui est gros et qui roule (qui a dit "normal c'est un mâle en devenir?"). Et ça, depuis toujours.
Exemple concret : lorsque toi, tu pestes et râle d'être à 25 km/h  derrière un mauvais tracteur qui pue le fumier et qu'il y a une ligne blanche tout le long, le nain (même petit) pousse des hurlements ravis et trépigne dans son siège toto.
Pas la peine d'ailleurs d'emmener le nain en balade à l'autre bout du monde, ou encore au zoo. Nan. Va visiter le chantier du coin. Le nain sera HEUREUX et les ouvriers RAVIS d'avoir une compagnie charmante. Car tu es charmante, n'oublie pas que tu es une de mes lectrices.

Tu le sais, je ne suis pas une wonder maman. Je n'ai donc point investi dans un mini tracteur électrique pour mon nain. En revanche, j'ai fait pour toi une mirifique sélection qui ravira le nain accro du "cracteur".
Et qui te permettra de voir s'afficher sur sa meugnonne tronche de nain un sourire édenté. Et ça, ça n'a pas de prix.

Allez, on se lance

- Tracteur Tom.

Le seul, l'unique, le vrai.
Tu peux te mater des épisodes ici sur Daily motion, suffit de tapoter Tracteur Tom, t'es pas trop niaise, tu devrais y arriver. Sincèrement, c'est du lourd. Une ferme, un tracteur, un quad un peu stupide du nom de Filou, un gros Pickup du nom (beauf) de Greg, des poules, des canards, une vache, un cheval, et j'en passe. Des aventures extraordinaires dans laquelle TOM, le TRACTEUR, rend service à tout le monde et dans lesquelles la morale est toujours impressionnante de vérité. De belles leçons de vie en quelque sorte.

Comme ton nain va être rapidement tracteur tom's addict, tu vas toi même te surprendre à fredonner le générique à tout moment de la journée. D'ailleurs, je dois te l'avouer, je chantonnais Tracteur Tom le jour de mon deuxième accouchement. Pitoyable.
Et comme ton nain va être absolument tracteur tom's obsédé, tu vas chercher à lui faire plaisir avec des zolis accessoires dérivés. Ne dis pas non. Tu vas le faire.
Alors pour toi, j'ai trouvé:

un sioupère livre, grande littérature, oeuvre splendide




sioupère ensemble qui se monnaye cher sur Priceminister et Cie. Sans rire, c'est une pièce de collection.


Et des jeux. Oui, des joujoux qui viendront encombrer (encore un peu plus) la chambre du nain.

ça, c'est la ferme du Pré Charmant. Crois moi, les canards niquent la plante du pied quand on marche dessus.

Tu peux également imprimer des coloriages, voire, encore mieux, imprimer un zoli dessin de TT (oui, car tu apprendras à l'appeler TT pour que le nain ne capte pas de quoi tu parles) sur du papier à transfert et coller le zoli tracteur sur un vil Tshirt. Heureux le nain.
J'ai dit heureux? Extatique le nain.

Bref, TT, c'est un peu le best, le summum, le wonder tracteur.
Mais il n'est pas seul sur le marché et voici quelques mirifiques idées qui raviront le nain.

- des VRAIS tracteurs:
Oui, enfin, en petit quoi.
Sache que les tracteurs Claas ou John Deere existent en miniature.
Pour toi qui ne connaît pas les marques de tracteur, tu m'en vois désolée. Je vais t'instruire et ainsi tu pourras frimer cet été lorsque tu silloneras la campagne française.
"Oh, tiens, c'est un John Deere, il est marvellousse" (ou peut être que tu te contenteras de le penser, et ça sera mieux pour ton image de femme glamour et sesky).
bon, ça c'est le John Deere, petit mais pas très sesky

le Claas, la classe (oué, je suis drôle aussi)
Ou, si tu n'es rien qu'une sioupère maman trop géniale (comme moi, je veux dire), tu peux aussi investir là dedans:
bon, là, cherche pas, le nain il t'aime pour toute sa vie.
je dis ça mais si tu n'es rien qu'une sioupère maman trop géniale ET bobo chic j'aime-les-jouets-en-bois, bin t'as aussi ça:

houlàlà, c'est chic nan? Mais ouiiiiiiiiiiiiii


Mais si tu veux mon avis (très intéressant au demeurant) privilégie le truc qui ressemble vraiment à un tracteur et si tu as deux nains, la remorque c'est le top. Ici, les descentes de jardin à fond les ballons, le grand au volant et le petit qui hurle dans la remorque (avec le chien qui court derrière en espérant croquer un mollet), ça envoie du bois.

Si ton nain est un geek, cherche pas, tu vas me vénérer parce que j'ai découvert ce site : à vos tracteurs. Oué, rien que ça. Des courses de tracteurs. Cherche pas, c'est juste unbelivibeul.
En gros, tu sélectionnes TON tracteur et tu sillones les routes d'Europe en t'arrêtant pour faire le plein et en évitant les embûches. Rien de génial, juste un site publicitaire, mais le nain, my god, le nain, il surkiffe.
Mais grave. Regarde comme c'est beau:
Là,tu choisis ton tracteur. Enfin, le nain piaille et tu choisis le tracteur qu'il souhaite

Me remercie pas.

Sinon, comme je suis une grande intellectuelle dans l'âme et une amoureuse du bel ouvrage, je t'ai fait une petite sélection livresque tracteurienne, tu m'en diras des nouvelles.


tu remarqueras que le texte est en alexandrins...mouarf.


Extrait du fameux : le Tracteur de Peter. Un grand classique (avec également le Bus de Marius, la Grue de Lulu et le Camion Poubelle de Ben), du texte, des histoires fabuleuses, du suspeeeense, etc...

Hou, la bonne daube

 Ce livre coûte moins de 3 euros, et pour cause, quelques photos de tracteur, un texte digne de Marc Lévy (oh, ça va, on peut rire, hein) et une histoire, heu, ah non, pas d'histoire.
Mais, aux toilettes, avec un nain sur pot, ça peut détendre.

Pour les nains qui aiment les livres à rabat, les livres à toucher, les stickers, je te conseille cette collec': Usborne.
Mais, si, tu sais, la sioupère collection: Où est mon chat? Où est mon avion? Où est mon ours?
(ce n'est pas mon ours, ses griffes sont trop brillantes! C'est mon ours, ses oreilles sont touffues!).
Bon, pour celles qui ne connaissent pas, voici le top du top pour le nain amûreux de l'engin de chantier:

tu vas retrouver des totocollants sur ta cuvette de toilettes, ne t'en fais pas


Pour toi, maman hyper hype trendy chic qui veut que son nain spike l'english:


oh yes my dear nain
 Bon, tu l'auras compris, il existe une foultitude de livres, de dividi, de joujoux susceptibles de faire craquer ton nain avide de gros moteurs et de grosses roues.
Avant de te quitter, je te suggère tout de même un joli bouquin, avec des tracteurs, si si, mais vraiment joli.
c'est japonais, c'est meugnon, et ya de l'engin de chantier. Que demande le nain?
ça, tu peux acheter, c'est vraiment chouette et ça te changera des niaiseries de nain mâle.
Bon, je te laisse passer tes commandes et vroum vroum.
Pardon.
C'est de la faute du nain.







6 juil. 2010

J'ai testé pour toi: l'accouchement sans péri.


Bon Marie, elle m'a vraiment frustrée avec son concours. Parce que moi, en tant que membre du Grand (et Impitoyable) jury, je ne pouvais pas participer.
Pas grave, j'ai les clefs du blog. Je m'en vais donc de ce pas te faire le récit de mon accouchement, parce que j'aime pas être frustrée, c'est mauvais pour mon teint.




Tu le sais, ici on teste tout, absolument tout, pour toi. On n'hésite pas à donner de notre personne pour te dire que "N'oublie pas de faire le Nain anti-régurgitations car le Nain RGO, ça-pue-du-cul-grave" ou bien "Procure toi vite ce truc, ça déchire sa mère ET sa grand-mère", et aussi de supers conseils type "Ouvre ce put*** de bec le nain" ainsi que des tranches de notre vraie vie réelle "J'ai parcouru toute la France en voiture avec mon nain et je suis (presque) toujours en vie".
Alors bien sûr, maman testeuse dans l'âme, j'ai accouché sans péri, et je vais te raconter, EN VRAI, comment ça fait. Genre la vérité vraie, pas comme Gisèle Bündchen, qui déclarait après son accouchement (dans sa baignoire, so trendy) "Je n'ai pas eu mal. Pas une seule seconde". Ou comment on peut avoir un corps de déesse, être un des mannequins les mieux payés du monde, former un couple de rêve avec son mec et être atteinte de mythomanie. Rigole pas, c'est triste.

Là Gisèle n'est pas encore enceinte.


Là Gisèle a accouché il y a moins de six mois. Oui, t'as le droit d'aller chercher le pot de Nutella et des kleenex.



Postulat de base: je suis grave une chochotte qu'a trop peur d'avoir mal. Genre quand le dentiste sort sa fraise, s'il veut que je ramène la mienne et éviter d'avoir les doigts en sang il sort aussi sa seringue de xylocaïne. Oui, même pour "une toute petite carie, ça fait pas mal" (c'est ça, ouais!)

Bref, avant l'accouchement du nain, pour moi c'était juste N'IMPORTE QUOI d'accoucher sans péri. La péri, c'est le progrès, la modernité. C'est vrai quoi, si t'en crois ce qu'on te raconte, de la concierge au best-seller de tous les temps (Nan, PAS Laurence Pernoud. Le livre le plus vendu dans le monde c'est la Bible, ignare!) la douleur d'accouchement c'est un peu comme passer entre les mains de Jack l'eventreur Feat le supplice du pal Feat l'écartelement. Tu y es? Donc la péri, oui, merci.

Et puis j'ai été enceinte du nain, blablabla, et j'ai fait la MAP (nan, pas la Machine A Pain, la Menace d'Accouchement Prématurée), aka pleins de contractions sauf que le bébé il nait pas.
Et je dois dire que les contractions, à partir de là, j'en ai eu tout plein, tout le temps. Sauf que bon, en fait ça faisait pas trop mal. Du coup, je me prenais grave pour une warrior de la douleur. Genre, je résiste à tout, genre je peux trop être une James bond au féminin, je ne livrerai jamais aucun secret même sous la torture (je fais bien sûr référence à Daniel Craig, pas à cette baltringue de Timothy Dalton )
Je commençais à me dire que peut-être je pourrais accoucher sans péri. Et puis il y a eu... la première contraction. Le truc qui m'a scotché direct "p'tain c'est quoi çaaaaaaaaaa?" à quatre pattes, en soufflant comme un boeuf (Glamour toujours et en toute circonstance, c'est ma devise). A la deuxième contraction dix minutes plus tard, j'avais compris que j'accouchais, le doute n'était pas permis, ça faisait trop maaaaaaaaaaaaaaaaaaaal. A la troisième six minutes après, j'insultais la maternité qui te dit d'attendre pour venir DEUX HEURES à partir du moment où les contractions sont toutes les cinq minutes: ils sont fous ça fait trop maaaaaaaaaaaaaal! A la quatrième, je me demandais si par hasard j'aurais pas un peu de morphine quelque part pour me soulager parce que, tu l'as compris "ça fait trop maaaaaaaaaaaaaal". (la réponse est évidement non hein)
Bref, on est partis à la maternité, on a pas attendu les deux heures, et on a bien fait vu que j'étais déjà à 6 cm (sache, si tu es nullipare (ouais c'est le terme pour dire que t'as jamais eu d'enfant, c'est moche hein?) ou un homme, que RIEN n'intéresse plus la femme entrain d'accoucher que cette histoire de cm, même pas de savoir qui est la mère dans HIMYM a assassiné JFK. Quand elle t'annonce avec un grand sourire" 2cm, ça avance" après plusieurs heures de souffrances travail, t'as juste envie d'insulter la sage-femme parce qu'elle s'est FORCEMENT trompée, cette grosse conne. Si c'est "7cm, c'est bien" c'est déjà plus mieux ta copine, et à "10cm, c'est bon, vous êtes à dilatation complète" t'es à deux doigts (mouaaaaaaaaaarf) de la demander en mariage) .
Donc j'ai eu la péri dans la foulée, et j'aurais pu rouler une pelle à l'anesthésiste tellement c'est bien en fait, quand ça s'arrête ces pu***** de contractions. (Ouais bon, en fait tu l'as compris, ça s'arrête pas, c'est juste que t'as plus mal quoi... )
Le nain est né environ deux heures après, et c'était trop chouette, parce que j'ai tout senti, et sans avoir mal. J'ai senti sa descente dans mon bassin, je l'ai senti qui passait, et je me rappelle m'être fait la réflexion que j'étais faite pour ça, que "ça" passait tranquille. Parce que bon, faut bien le dire, avant d'avoir expérimenté le truc, t'as beau savoir que tous les bébés ou presque naissent comme ça, tu vois pas trop comment c'est possible qu'un truc de 3kg voire plus passe par là, vu que d'habitude, sans vouloir vexer personne, tu sens bien ce qui y rentre, et non chéri, ça ne fait pas 35 cm de diamètre.

Je suis ressortie de cet accouchement ravie: il était exactement ce que j'en attendais à l'époque: rapide, sans complication, sans douleur.
Sauf que....
Sauf que j'avais accouché très vite, et j'avais beau être allée moins d'une heure après la première contraction à la maternité, pour bénéficier de la péri, j'étais limite. On pouvait donc supposer que pour mon deuxième accouchement, pour la péri, ça allait être chaud les marrons, vu qu'il est de notoriété publique que le deuz', ça va plus vite (le troiz' par contre, c'est une autre histoire: il descend pas.)
Et puis il y avait le nain. Le nain, il était beau, il était blond, il sentait bon le sable chaud, j'en étais folle, mais il me rendait folle aussi. Il ne dormait pas ou très peu, il tétait tout le temps, il pleurait beaucoup, il voulait toujours être dans les bras...
J'ai rapidement jeté mon Laurence Pernoud pour me frotter à la réalité vraie, j'ai nommé les forums du net.
Petit à petit, en surfant me documentant, mes envies ont changé: pour un deuxième enfant, je souhaitais un accueil plus doux, plus physiologique, plus respectueux (Ouais, bon, mon vocabulaire a été contaminé par mes lectures bobo-bio-respectons-notre-nature-la-vie-la-non-violence-et fais-tourner-steuplait) . Pas de lumière forte, pas de séparation, du peau à peau, pas de bain... Bref de la douceur, du temps pour lui, du temps pour nous, du temps pour se découvrir. Ne pas couper le cordon tout de suite, pas de poussée dirigée, attendre avant la pesée, être libre de ma position d'accouchement. Toutes ces choses qui ........ne sont jamais présentes dans un accouchement "classique".

C'est donc ces deux paramètres: Putain j'aurais jamais le temps d'avoir la péri + sans péri OK, mais doucement on a dit qui m'ont mené à l'accompagnement global : un suivi de A jusqu'à Z avec la même personne, et à l'accouchement "physiologique" (sans péri et dans la position qu'on veut... ce qui fait toute la différence)

Mais trêve de digression, l'objet de cet article c'est la naissance du microbe, c'est parti donc.
Comme je ne fais rien comme tout le monde, c'est un récit en deux parties. Et ouais.

Part one: comment quand t'as pas mal, c'est pas l'accouchement.

Pour des raisons diverses et (a)variées, je m'étais mis en tête qu'il fallait ABSOLUMENT que j'accouche avant le 9 mars, même si ma DPA (je te traduis, nullipare mon amie: Date Prévue d'Accouchement) était le 26.
Le 8 au soir, quelques contractions se font sentir, pas bien méchantes, irrégulières. Et puis au fur et à mesure de la soirée, ça augmente un peu en intensité, et elles se régularisent. Vers minuit, Le nain dort enfin (Oui, ma vie est un sacerdoce. Fais moi penser à te faire un article sur le sommeil du nain. Enfin quand je dis sommeil... ) et les contractions se sont calmées. Je dis à Mon Mâle à Moi (appelons le MMM, ça va plus vite) d'aller se coucher, qu'on verra bien. Les contractions reprennent vers une heure, un peu plus fortes. MMM me rejoint, j'ai pas trop mal. Je souffle sur les contractions, je les accompagne, comme dans les cours classiques "la contraction est comme une vague, il faut rentrer dedans, bla bla bla". Quand tu le tiens, crois moi sur parole, c'est que l'accouchement a pas vraiment commencé ;-)
MMM me propose de m'examiner (et ouais, MMM est sage-femme, ça aide, héhéhé), j'ai pas trop mal, je lui dit qu'on peut attendre encore et je repars dans mes contractions bien régulières, qui tirent pas mal mais sont gérables. On attend une bonne heure et mon sage-femme perso m'examine. Verdict: 2cm. Suis un poil déçue ("QUOI????????????????? MAIS TU TE FOUS DE MA GUEULE, LA????"), mais bon en même temps, ça fait pas trop mal, ce n'est pas étonnant. Cela dit, le travail a commencé, il part donc chercher sa mère, chargée de garder le nain le temps que nous serons à la maternité. Pendant ce temps, je marche, je déambule, je fais un peu du ballon. Il m'examine une heure après: 3cm. Punaise, même si j'ai pas super mal, là je suis carrément déçue: quoi? J'ai accouché en quatre heures de mon ainé, et là je fais ma primipare qui accouche en 12h?????
MMM se marre, et me surnomme "la primi qui tue la nuit"(et dire que j'ai épousé ce salopard)
Je t'épargne les heures qui suivent: je souffle, je fais du ballon, j'accompagne les contractions, je suis grave une warrior qui se coule dans la contraction et est dans l'ouverture. Ma belle-mère bouquine, MMM surfe sur son Iphone. Tu l'as compris: on s'emmerde grave.
A six heures, je suis à 4-5cm. On va dire 5, c'est meilleur pour mon moral. On décide donc de partir à la maternité avant les bouchons. 5cm, on a fait la moitié, si ça se trouve ça va s'accélérer, hein chéri? Ça va s'accélérer, HEIN?
Dans la voiture.... les contractions disparaissent. Gloups. Moment de solitude.
Ne disons rien et prenons l'air dégagé.
Arrivée à la maternité, la sage-femme de garde nous accueille "C'est vous? il parait que vous avez fait une bonne partie du travail à la maison? C'est bien, ça!"
Je n'ai plus une seule contraction depuis vingt minutes.
Je garde l'air dégagé et souris car je suis une warrior des contractions.
On entre dans la salle d'accouchement.
Dix minutes passent.
J'avoue à MMM que je n'ai plus de contractions. Je souris plus. Lui non plus.
Une heure passe.
Pas de contractions.
J'ai plus du tout l'air dégagé.

Monito, blablabla, je t'épargne les détails médicaux dont on se fout, car l'important c'est: Pas une seule put*** de contraction.
On repart chez nous.
On a pas l'air dégagé.
On a juste l'air très cons.




Part two: comment quand t'accouches, tu le sais tout de suite.



Dix jours plus tard (oui, tu as bien lu. DIX jours à se dire "Nan, mais c'est p'te cette nuit hein?". A se réveiller dégoutée tous les matins. A dire "Au revoir mon chéri, peut-être à tout à l'heure" d'un air entendu à MMM à chaque fois qu'il partait travailler. A avoir grave les boules quand il rentrait le soir. A guetter chaque contractions. A écouter les pronostics des uns et des autres. A se dire que, merde, la prochaine fois, quand on viendra m'emmerder au septième mois parce que mon col il est trop-court-trop-mou-trop-ouvert, je pourrai partir dans un grand rire sardonique, tu sais "comme le méchant dans James Bond".) dix jours plus tard donc, je me lève, j'ai quelques contractions. Je m'en fous, ça fait trois mois que j'ai des contractions. Petit déjeuner, douche, "Tiens, t'as pas mal de contractions, non?" "Nan. T'te façon je veux plus accoucher, je boude. Mmmmm, voui, un peu, mais tu sais, ça va ça vient hein" "Ok, ben tu me tiens au courant, hein? Bonne journée ma chérie" "C'est ça bon vent, de toute façon j'accoucherai jamais. Oui, mon amour, bonne journée à toi aussi"
Je m'occupe du nain, je le colle devant un DVD il se cultive gentiment pendant que je checke mon facebook me tiens au courant des dernières actualités, tout en téléphonant à ma belle-mère pour qu'elle vienne chercher le nain en début d'aprem, histoire que je fasse la sieste tranquille de passer un petit moment avec lui.

10h29: Ouh la vache, elle tire bien celle là.
10h39: Ouh punaise, ça fait un peu mal là quand même *souffle comme une baleine devant son écran*. Je vais quand même envoyer un SMS à MMM ("Deux contractions bien douloureuses en moins de dix minutes")
10h45: Troisième contraction. Tu es super intelligent(e), donc tu as déjà remarqué que ça s'enchaine au même rythme que la première fois: 10, 6.... la prochaine devrait être à 10h48. Entre temps, MMM m'a envoyé deux dizaines de SMS à base de "qu'est-ce qu'on fait?" (On fait "bli" bien sûr mon amour. Ou alors on fait "rarepasser". Mouaaaaaaaaaaaaarf.) et autre "Je viens?". J'ai aussi appelé ma belle-mère pour lui dire, que finalement, 14h ça me parait trop loin, et tout de suite, là, maintenant, ça serait mieux.
10h48: Aucun doute, c'est parti.
A partir de là les contractions s'enchainent toutes les trois minutes. Je sens le besoin, comme trois ans auparavant pour le nain, de me mettre sous l'eau et fais couler un bain. Le nain se précipite, car prendre un bain avec Maman, c'est toujours la fête, youhouhou.
Nous voilà donc dans l'eau, mon nain, les contractions et moi. On fait un chouette trio. Le nain joue avec ses bateaux, le monde pourrait s'écrouler, il en a positivement rien à foutre. Les contractions sont puissantes, elles tirent fort. Elles font tout aussi mal que pour la naissance du nain, ce qui change, c'est ma façon de les vivre: c'est là que ma super prépa à l'accouchement prend tout son sens. Je m'efforce d'être dans l'instant présent, "ici et maintenant" comme dirait mon sage-femme (pas MMM, non, le sage-femme qui m'a suivie en accompagnement global. Je dois avoir un truc avec les hommes sage-femmes, cherche pas.). Quand la contraction est là, je me concentre sur elle, je suis là, elle monte, elle tire, elle passe, c'est fini. Entre deux, je papote avec le nain, je lui explique ce qui se passe, que je suis entrain de faire naître le bébé. Il s'en fout complètement. Contraction, pause, on cause bateau, ça l'intéresse déjà plus. La respiration profonde ne suffit plus, alors je m'étire, je "pousse sur mes appuis" et je fais des sons graves, des "oooooooooooohhhhhhhhh" , des "aaaaaaaaaaaaaaahhhhhhhh". J'ai l'air con, mais ça m'aide vraiment. Et puis le seul spectateur c'est le nain, et il s'en fout. Bah oui, il a ses bateaux (tu suis un peu?)
MMM arrive, tout décoiffé, tout chamboulé. C'est mignon!
Je sors de la baignoire entre deux contractions, il est à peu près 11h10, ma belle-mère arrive et prend la relève auprès du nain. MMM m'examine: 7cm. Ah ben quand même!
Du coup, MMM est tout fébrile. Il part chercher le pack d'accouchement entreposé dans le placard au cas ou on n'aurait pas le temps d'aller à la mat, il l'ouvre, il tourne, il virevolte. Pendant ce temps, je gère sur mon ballon, à quatre pattes (glam quand tu nous tiens), à coup de "oooooooooooooooh" et de "aaaaaaaaaaaaaaaaahhh".
Entre deux contractions, moi, je me sens d'un calme olympien. Je lui dis que je pense qu'on a le temps de rejoindre la mat. Je m'habille comme je peux (un pantalon-arrêt au milieu de l'enfilage d'une jambe, reprise, le haut, arrêt au milieu, reprise, mais où sont ces putains de chaussures????-reprise etc...) , et pendant ce temps MMM charge la voiture et la rapproche.
Il est à peu près 11h30, on est prêts à décoller!

Je fais un dernier câlin à mon nain, qui est sorti du bain. Je lui redis qu'on part avec Papa, qu'on va faire naître le bébé, tout ça. Je ne peux pas m'empêcher d'être émue: je pense que c'est la dernière fois qu'on est trois, que bientôt il sera grand frère, blablabla. Le nain s'en balance grave de mes conneries: il regarde les Barbapapa.

On monte dans la voiture, toujours avec les contractions toutes les trois minutes, je m'efforce de me concentrer: je pense "ici et maintenant", "ouverture", "passage" et ça m'aide à rester dans le travail, à ne pas partir dans la douleur . En même temps c'est sûr que c'est pas le moment de penser "saucisson à l'ail".
A 100m de la maison, MMM me demande si on fait demi-tour où si on continue vers la mat. "Va tout droit , on verra bien" (Bénabar 4 ever). En moi-même je pense que j'accoucherai moins de dix minutes après notre arrivée, si tout va bien et que ça roule sans encombre. (Faites qu'il n'y ait pas de bouchons, faites qu'il n'y ait pas de bouchons....)
On continue donc, MMM conduit, un rien stressé, et moi avec mes "oooooooooooh" et mes "aaaaaaaaaaaaah" entrecoupés de quelques "putain ça fait mal quand même"
Problème: arrivés sur l'autoroute, la voiture refuse de monter à plus de 60km/h..... Panique de MMM. Je jette un coup d'oeil au tableau de bord, j'ai un flash ou je me vois accoucher dans le fossé, youpi, en même temps ça fera des souvenirs à raconter aux enfants. Une contraction arrive ,"ici et maintenant", "ici et maintenant"... C'est pas mon problème la mécanique.
Va savoir ce qui c'est passé, en tout cas la voiture accepte de monter sa vitesse et on poursuit notre route.
Je douille grave, mais je suis calme, dans l'instant présent et même heureuse.

Une contraction arrive à mi-chemin de la mat, oh putain, celle-là elle me fait vraiment TRES TRES mal. je me dis que si ça doit continuer comme ça, y'a intérêt à ce que j'ai la péri, parce que sinon je me casse.
En fait non, ce sera la dernière aussi douloureuse, je pense que c'est celle qui m'a amenée à dilatation complète.
Désormais, les contractions font moins mal, puisque c'est la dilatation qui est douloureuse, mais elles ont pour but de faire descendre mon bébé. Et là je te le dis, la nature a pas DU TOUT prévu de faire descendre un bébé chez une femme assise dans une twingo, fut-elle jaune.
Je commence à me sentir très très mal. J'ai envie de pousser, il FAUT que je change de position. J'ai chaud, je transpire, je suis trempée de sueur froide, j'ai la nausée. J'essaie de me retourner, c'est impossible. J'allonge mon siège, et je suis encore plus mal.
A ce point, je n'ai qu'une envie, c'est que ça s'arrête, bordel. Je suis mal, j'ai mal, j'en ai ras le bol. "Ici et maintenant", oui, ben dans ton cul, et on fait une pause là!
MMM est super mal à côté de moi. Il envisage de couper par le trottoir pour aller plus vite. Je l'en dissuade et fais genre "nan mais ça va en fait" alors que je suis entrain de crever. Je crois qu'il n'est pas dupe (MMM est un génie à qui on ne la fait pas.)
Heureusement, on n'est pas loin, et on finit par arriver à la mat. Je sors de la voiture, raaaaaaaaaahhhhhh de l'air frais, ça va tout de suite mieux. Je suis trempée de sueur, je flageole sur mes jambes, et les contractions continuent de s'enchainer, visiblement elles ne sont pas syndiquées et sont étrangères au principe de pause, ces connes.
Hop, une contract "ici et..." va voir ailleurs si j'y suis, je veux que ça s'arrête!
On rentre par les urgences direction la mat, une contraction arrive, je vise un box libre à ma gauche, je m'y précipite, m'appuie sur le brancard et commence à "poussoter": je ne sais pas vraiment si c'est moi qui pousse ou si mon corps pousse tout seul. Raaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhh. Ça fait mal, mais ça soulage.
MMM, dont c'est un peu le métier quand même, comprend vite ce que je suis entrain de faire et demande à un brancardier qui passe dans le couloir où sont les sage-femmes. Il se précipite dans la direction indiquée pendant que le type lui hurle "hé mais monsieur, faut emmener votre femme!"
Le brancardier, qui craint sans doute que je lui pourrisse son box, ou que MMM m'abandonne là tel un animal sur une aire d'autoroute en plein mois d'Août, s'approche de moi avec un fauteuil et me dit "asseyez-vous Madame, je vous emmène." Je suis toujours entrain de pousser, et donc un peu concentrée sur autre chose. Je l'ignore superbement. Il insiste: "Asseyez-vous, madame". Je grogne "J'peux paaaaaaaaaaaaaaaaaas". "Pourquoi vous pouvez pas?"
La contraction s'arrête, je m'assois dans son putain de fauteuil. "Pourquoi vous pouviez-pas vous assoir, Madame?" "Fait passer un ballon de rugby entre tes jambes et on en reparle, connard. J'avais une contraction, j'attendais qu'elle passe"
On arrive à la porte de la mat où m'attendent Matthieu et les sage-femmes, souriantes.
On passe la porte, le charmant brancardier qui aime bien faire la conversation, son fauteuil et moi. Une contraction arrive, je vise les sièges en face de moi, je me précipite, je m'appuie dessus, et je pousse.
"Je crois qu'elle est à dilatation complète", dit MMM aux sage-femmes "On dirait, oui" répondent-elles sur un ton badin. "on va attendre que la contraction passe et on ira en salle".
Pendant qu'ils discutent tranquilles de ma pomme, de mon col et du temps qu'il fait, je suis juste entrain de pousser, de me rendre ridicule le cul en l'air en grognant, d'avoir mal, et de mourir à petit feu.Youhouhou c'est la fête.
La contraction passe "on va en salle Madame", avec deux paires de bras qui me trainent m'accompagnent jusqu'à la salle "nature".
C'est quoi la salle "nature"???
C'est ça:
Pas aussi beau que chez Gisèle, mais presque.

Comme tu le vois, de table d'accouchement, il n'y a pas.
Le grand truc posé au milieu, c'est là que j'ai accouché.

Les bras me trainent m'accompagnent jusque là donc, nouvelle contraction, je me pose sur le "tatamis", à quatre pattes toujours, c'est comme ça que je suis bien.

On me déshabille entre deux contractions, la sage-femme me dit "ouh la la il sera bientôt là votre bébé".
Bientôt? Bientôt comment? Bientôt cinq minutes ou bientôt une heure? Nan parce que une heure je veux pas, c'est trop long, j'ai trop mal, c'est trop dur et puis la neige elle est trop molle pour moi.
Elle me demande de me mettre sur le dos pour voir où on en est: la douleur est intenable dans cette position. Elle m'examine, pose quelques secondes un appareil pour écouter le rythme cardiaque du bébé histoire de vérifier que tout va bien, et me dit de repasser dans la position que je veux.
Moi, je ne veux qu'une chose: je veux qu'il sorte et qu'on en finisse!
MMM m'attrape, me fait rouler comme un gros tonneau et m'aide à me remettre dans ma position initiale.
Je sens un truc entre mes jambes, suivi d'un gros "floc": la poche des eaux sortait et vient de se percer.
La douleur est intense, ça brûle. La sage-femme m'encourage: "c'est bien ce que vous faites"" je suis sûre que vous dites ça à tout le monde ça brûûûûûûûûûûûle"
La tête est là, je la sens.
Vite vite, une autre contraction, qu'elle sorte, que ça s'arrête.
La tête sort.
Bonheur et félicité. "Rhaaaaaaaaaaaaa ça soulage!"
Il reste tout le corps à l'intérieur, mais crois moi, c'est de la rigolade: une fois que la tête est sortie, t'as plus mal. Ça ne brûle plus, tu peux respirer.
Nouvelle contraction, le corps suit.

Le temps se suspend.


Un cri, un tout petit cri de chat.


Mon bébé! Mon bébé est là!


La sage-femme me le passe, je suis empêtrée: attraper mon bébé, le regarder, pleurer, rire, se débattre avec le cordon et me retourner, que de choses en si peu de temps!

Il est midi dix. Posé sur mon ventre, mon bébé me regarde. Bienvenue, mon amour. Que la vie te soit aussi belle et douce que cette naissance.

2 juil. 2010

Le Nain de Bronze de Véronique Scherding

 Régale toi public, régale toi avec ce joli récit. Et si tu me cherches, je suis dans le camion frigorifique entrain de me vautrer dans de la morue surgelée histoire de me rafraîchir..


"Allons-y gaiement... Voilà donc le fameux récit d'accouchement de miss korrigane number two (et oui, chez moi ce sont des korrigans et pas des nains... Question d'origine sans doute! Vive la Bretagne! ;-) )

Alors d'abord avant de commencer, je voulais juste dire que je déteste tous les gens qui m'avaient juré qu'un deuxième accouchement c'était vachement plus facile que le premier... que ça durait moins longtemps (bon là, c'est un peu vrai en ce qui me concerne!), que c'était limite "fingers in the noze" (dans le nez de qui ? De la sage-femme qui t'a dit que dans dix minutes bébé était là alors que t'es encore en train de mourir, pardon, donner la vie, une demi-heure plus tard ?!!) et que ça faisait moins mal (MENTEURS!!!! Manipulateurs !!!! Et dire que du coup, j'ai tenté de ne pas passer par la case péri... Argh!)

Sur ce... Je me lance !
Miss korrigane était annoncée pour le 20 mars 2010... Puis comme elle semblait pas pressée, on m'a finalement recalculé sa date de sortie (comme pour le ciné... en version gore!) au 23.
Le 23 toujours rien... P'tit contrôle à la mater' histoire d'aller me faire trifouiller une fois de plus pour m'entendre dire que "non vraiment... Aucun signe d'accouchement imminent!" Là, t'as juste envie de te pendre et tu te demandes si tes enfants ne retardent pas VOLONTAIREMENT leur rencontre avec toi, pourtant la mère idéale et rêvée, nan?!! Ben oui, le premier avait fait exactement la même chose 18 mois plus tôt... (mais finalement au vu des jours qui ont suivi, on aurait du savourer à fond avec le recul! Bonheur des nains RGO... Marie connaît : elle compatira! Et non : ce n'est pas une tentative de corruption! C'est juste que quand t'es passée par là, c'est un peu comme si t'avais fait la guerre : seuls les anciens combattants compatissent vraiment en connaissance de cause!)

Bref ! Repartons sur l'accouchement!
Le 24 mars donc... Je me tracte hors de mon lit, tel un cachalot joyeux répondant à l'appel pressant (et grinçant!) de korrigan number one depuis son petit lit à barreaux (qu'il secoue comme un singe en cage!)
Je prépare le bib' tout en notant quelques petites contractions mignonnettes ! Si, si ! Des contractettes dirons nous! Celles qui font sourire niaisement quand on en est encore à se demander si "tiens, tiens ? Peut-être que ça sera pour aujourd'hui ?" et qu'on envoie fiévreusement un premier texto à sa meilleure amie pour l'informer de THE événement du jour (bah oui... Ca fait quand même depuis deux semaines qu'elle prend gentiment des nouvelles tous les jours dans l'attente de... On lui doit bien ça!)

La matinée s'enchaîne ensuite et toute guillerette, je décide de sortir mon korrigan qui ne tient déjà plus en place (mais quand tient-il en place en fait?)
J'attrape quand même la poussette dans un réflexe de survie avant de le rattraper au bout du couloir de l'immeuble (oui... J'ai un korrigan éclair... Tu dis "sortir" et en trois secondes trente, il disparaît!) Je sais bien qu'il refusera de monter dans la poussette, mais sait-on jamais... Si miss korrigane décidait d'accélérer sa sortie, je ne tiens pas à accoucher au milieu du chantier de la rue d'en face (Là, je crois encore au mythe du 2ème accouchement "hyper rapide" ! ) car petit korrigan est FAN des pelleteuses... et que je sais pertinemment qu'on va passer des plombes à s'extasier devant les engins de chantier (les ouvriers me saluent tous et me klaxonnent quand ils me croisent... Je suis la VIP des chantiers grâce à lui! On a même filmé la pelleteuse en action à l'insu de son conducteur... C'est depuis LE film star du korrigan!)

Après une bonne petite heure de marche (enfin, de course au korrigan qui s'enfuit), ça contracte toujours... Là, j'y crois pour de bon ! J'appelle même Mr Korrigan pour lui dire que ce serait cool "qu'il redescende pas trop tard ce soir" -Aïe- , "cet aprèm'" -Re AÏE- fasse péter son aprèm et redescende à midi!

Je coince mon korrigan, le fourre dans sa poussette *hurlements* (pas moi... Lui!) et rentre chez moi sous les encouragements de ms potes de chantier !

Merdoum ! C'est mercredi  ! La nounou est pas chez elle... Personne sous la main pour me garder mon korrigan là tout de suite maintenant! J'appelle môman à son boulot quand même... Elle est sage-femme, ça peut aider! ;-)
Coup de bol : elle travaille pas cet après-midi là... Elle me rejoint dès qu'elle a fini sa matinée! YES!

Ceci dit, faut que j'assume le repas du p'tit korrigan qui trépigne et là, je commence à grimacer un peu...
Les contractions sont certes encore bien espacées... mais je commence à douiller sévère! Toutes les trois-quatre cuillères, je me plie en deux sur la table... Le korrigan ne sourcille pas : il MANGE.

Une fois qu'il a terminé, je suis cette fois à 4 pattes pour supporter ces p****** de contractions qui font quand même sacrément mal... mais comment qu'on fait pour oublier après un accouchement et remettre ça???
Là, p'tit korrigan participe : il croit que je joue à un nouveau jeu : il se met à 4 pattes lui aussi et imite le tigre "grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr"  !

Môman finit par arriver... Alléluia ! Suivie de Mr Korrigan : alléluia bis !

Je peux donc enfin (joie!) me consacrer toute entière à ma douleur en leur confiant p'tit korrigan pour me couler dans un bain (le cachalot aime son milieu naturel!)...
C'est mieux... mais c'est quand même pas non plus l'extase hein! Ma baignoire est trop petite pour que je me noie mais j'ai quand même bien du mal à onduler gracieusement. 1 heure plus tard, je sors de là toute fripée et persuadée que je vais y passer... Mon heure a sonné. C'est dingue quand même que ça fasse si mal non???

Môman insiste pour m'examiner... C'est loin d'être glamour... Mais bon... C'est la seule sage-femme à l'horizon des 4 murs de ma chambre : j'accepte! et puis, c'est ma maman : elle ne peut QUE m'annoncer une bonne nouvelle "BRAVO, tu vas accoucher dans 30 secondes?!!"... Bah non. Apparemment, le col s'est effacé mais n'est pas encore ouvert! QUOI ????????

Alors là, je proteste, je hurle, je râle tout ce que je peux! Comment c'est possible un truc pareil ? J'susi au bord de la mort et mon p***** de col n'a même pas daigné s'entrouvrir (oui, je suis grossière quand j'accouche... Heureusement, c'est juste une fois tous les 18 mois... )

Je meurs donc une heure de plus au pied de mon lit... j'enchaîne le kama-sutra des positions d'accouchement : à 4 pattes, pliée en deux contre le lit, accroupie, à genoux (pitié!) et je bourdonne des trucs incompréhensibles comme un rite vaudou... On dirait une dingue... J'assume... J'm'en fous... De toute façon, je vais mourir. J'ai le droit!

RE-examen... J'veux pas... j'peux pas...J'sais pas comment j'vais m'allonger sur le lit, c'est juste pas possible... Puis, si! J'y arrive. Je suis wondermaman!
YES!!!!!!!!!!! Col ouvert à 6 !

Branle-bas de combat : faut partir à la maternité ! Dans l'enthousiasme général (heu... 'fin celui d'ma mère et de Mr Korrigan quoi ! P'tit korrigan s'en fout : il fait une tour avec des cubes. Et moi ? Je meurs j'ai dit!), tout le p'tit monde se rue vers la sortie.
P'tit korrigan est dans son siège auto, môman a casé les sacs dans le coffre, Mr korrigan est au volant... J'me demande quand est-ce qu'ils vont s'apercevoir que je suis restée accroupie devant l'entrée de l'immeuble... Partiraient-ils sans moi ? Non! Finalement, m'sieur korrigan m'intime "de faire un effort!" et s'impatiente. J'ai juste envie de lui arracher les yeux (et le reste... mais ce serait pas poli de le l'écrire ici!) Je finis par monter dans la voiture en maudissant Mr korrigan qui décidément ne comprend rien à rien, ma mère qui m'a fait attendre trop longtemps (et maintenant je vais mourir ici sans péridurale), ce bébé (qui n'a rien demandé à personne mais qui aurait pu avoir la gentillesse de sortir sans se faire autant remarquer!).

On roule... Puis on s'arrête... Puis on roule un peu... Puis on s'arrête... Bon vous l'avez compris : on est dans les bouchons! Chouette! Je ferme les yeux pour ne pas voir qu'on n'avance pas... et aussi pour ne pas être confronté aux regards amusés des autres automobilistes quand je me cramponne à tout ce que je peux dans la voiture en faisant la tête du "j'vais mourir!".

Finalement, j'suis pas morte... et on arrive sur le parking de la maternité! Ma mère repart avec mon p'tit korrigan... si petit et qui va devenir grand frère! J'ai honte mais j'ai même pas la force de lui faire un bisou. Je regarde personne. Je ne réponds même pas aux secrétaires de l'accueil qui me demandent si j'ai besoin d'aide même si j'ai très envie de leur dire que "oui, si vous pouviez prendre ma place là, ce serait cool !"
La sage-femme qui m'accueille me propose la péridurale... 24 h avant, je m'étais persuadée que je serai capable de m'en passer... que ça allait être super-top-génial de tout sentir... Là, je me retiens de l'embrasser en opinant du chef!
Elle me badigeonne le dos de bétadine : je suis prête! J'attends l'aiguille miraculeuse qui va m'éviter de mourir dans d'atroces souffrances (Quoi? je vous ai déjà dit que j'allais mourir???)

Pas de bol : l'anesthésiste mettra 45 minutes à arriver...  Des urgences...  Et moi pendant ce temps là, j'tournais pas la manivelle, non, j'essaie juste de me rappeler pourquoi j'avais tellement envie d'un deuxième korrigan!
Finalement il arrive, pique... et alleluia! Ca va mieux... même si je ressens encore bien les contractions, je déteste moins le monde entier et j'ai même envie de rencontrer cette petite korrigane qui me semble d'un coup nettement lus sympathique!

La sage-femme m'examine  : "vous êtes à 8 +... Si on perce la poche des eaux dans 10 minutes, elle est là!"
YEEEEEEEEEEEEES !!!!
On attend encore un peu que l'anesthésie fasse effet (tant qu'à avoir cédé à la tentation de la péri autant qu'elle serve hein?!! ;-) ) et hop là! On perce! Me sens toute guillerette d'un coup! 10 minutes ? Tssss ! Facile!

Mais nan! Ce serait trop simple! Miss korrigane a décidé de tourner sa tête vers le ciel... Elle passera pas... La solution pour qu'elle se tourne ? Se mettre à 4 pattes un p'tit quart d'heure ! Si! J'vous jure! (ou alors la sage-femme s'est foutue de moi! ) M'sieur korrigan est mort de rire le fourbe... et moi j'me sens absolument et totalement ridicule (la péri fait effet c'est sûr ! Quelques minutes auparavant j'étais capable de souffler comme un vieux phoque asthmatique dans le hall de la maternité sans aucune pointe de honte!)

Finalement la miss se retournera... Pas tout à fait comme il faut.... mais suffisamment pour pouvoir passer... et même si vite que l'obstétricien n'aura pas le temps d'arriver.
J'vous passe les "on pousse!!! on pousse !!! On pousse!!!" C'est du classique hein?

La sage-femme me demande d'attraper ma p'tite korrigane toute poisseuse MAIS absolument magnifique. Je l'aimeeeeeeeeeeeeeeuh ! Ca y est... J'suis maman bis!C'est juste fou... Ca fait pleurer, sourire, bisouter...J'sais plus trop où j'en suis... J'aime le monde entier! Et finalement...  presque déjà prête pour un  p'tit troisième hein chéri ??? ;-)"

30 juin 2010

Le Nain d'Argent de Marielle Hidoine

Et oui public, et oui, je sais que tu trépignes chaque soir, je sais que tu attends un autre récit pour verser ta larme.
Ma délicate personne va (encore) te contenter en te livrant ici le récit de Marielle, nain d'argent bis.
Et ma délicate personne t'en prie...


"Nous sommes le vendredi 24 avril 2009, à 37 SA + 2 jours très exactement.

5h50 : Je me réveille en sursaut. On dirait que ça coule… Allé hop ! Une serviette hygiénique et je file me recoucher. Pas assez pioncé moi. On réfléchira à la situation plus tard. 

6h : Tiens, ça tiraille dans les reins. Bon, ça passe, dodo. Quelques minutes plus tard: Aïeuuu ! Fichu mal de dos ! Mais… serait-ce une contraction ? Troisième et quatrième tiraillement dans les reins. Bon, va falloir faire avec.

6h30 : Je ne parviens pas à me rendormir. Non pas à cause de la douleur, car c’est tout juste gênant, mais de l’excitation. Je viens à peine d’entamer le 9ème mois, je n’ai pas encore mal,  je n’ai aucun signe tangible d’accouchement imminent, et vu l’état de mon col lors du dernier contrôle (mi-long, postérieur, dur et fermé), je me verrais plutôt aller jusqu’au terme. Et pourtant… Je sens qu’il se passe quelque chose, là, maintenant. Je suis intimement convaincue que c’est LE jour. Je me lève et me lisse les cheveux, au cas où. Je me suis couchée avec les cheveux mouillés, j’ai dormi 3h et j’ai une tête affreuse. Je veux être présentable si jamais on part à la maternité. Les tiraillements continuent, toujours largement supportables.

6h34 : Du liquide recommence à couler. Mince alors, je deviens incontinente ou quoi ? Je change de serviette hygiénique et file terminer mon lissage sur le canapé. A peine installée, pfuiiiiiiiiit… ça coule et ça coule encore, ça ne s’arrête plus. Plus de doute, je perds les eaux. Les dés sont jetés. D’un calme olympien je finis mon brushing. Les contractions se sont espacées et je commence déjà à craindre un déclenchement 12h plus tard. 

7h : J’essaie de finir ma valise pour la maternité (Quoi ? Qui a dit que je n’étais pas organisée ?). Les contractions reprennent, tout juste un peu plus désagréables que les précédentes. Toujours aucune douleur dans le ventre, tout est dans les reins. Je me mets à quatre-pattes et m’étire à chacune d’elles.

7h15 : J’ai faim. Je réveille l’homme en lui annonçant que j’ai perdu les eaux. Dans toute sa splendeur de mâle interloqué, il me répond : « Ok. T’es sûre ? » (Ah bah non tiens, ça doit être ma vessie qui a explosé). Je préviens l’homme que je veux laisser le travail s’installer tranquillement  avant de filer à la maternité. « Oui mais ils ont dit que si tu perdais les eaux il fallait venir IM-ME-DIA-TE-MENT ! » Je sais le mâle, mais on attend. Va me chercher des croissants, tiens ! Les contractions sont à peine gênantes, je sais pertinemment que le travail n’a pas démarré. Je reste chez moi. 

7h30 : Je vais prendre une douche.  Petite séance d’épilation au programme.

8h : Nous savourons notre dernier petit déjeuner à deux tandis que je m’étire sur le canapé à chaque contraction.

9h45 : Mon homme me presse pour qu’on décolle. Soit. Allons-y. Je suis persuadée que mon bébé ne naîtra pas avant le lendemain. Le trajet se fait tranquillement. Il fait un temps magnifique, les oiseaux piaillent, et moi je suis totalement grisée de savoir que mon enfant va venir au monde.

10h15 : Arrivés à la maternité, nous sommes accueillis par Fanny, une sage-femme très gentille. Elle me demande à quelle heure j’ai perdu les eaux. Pas envie de me faire taper sur les doigts. Je dis «9h ». Elle me demande ensuite comment j’envisage mon accouchement.  Ce à quoi je réponds : « Je voudrais conserver ma liberté de mouvement. Je veux essayer d’accoucher sans péridurale » Pas de regard de travers, pas de sourire moqueur, j’en reviens pas ! Même pas besoin de sortir mon projet de naissance. Après investigation, elle m’informe que mon col est effacé mais postérieur et bien fermé. Je ne suis pas encore en travail (Tu vois chéri ? Qui c’est qu’avait raison, qui ?) Fanny me pose le monitoring pour la séance réglementaire de 20 minutes. Effectivement les contractions ne montent qu’à 60 et sont irrégulières, pas de quoi faire la Ola. Elle me pose ensuite un cathéter obturé à ma demande, plutôt qu’une perfusion. Bien entendu, je n’ai pas encore les résultats du prélèvement vaginal que j’ai fait lundi pour le streptocoque B, et je n’ai pas eu le temps non plus de faire l’examen sanguin pour la péridurale, au cas où. Fanny me fait donc une prise de sang puis téléphone à mon laboratoire afin qu’ils lui faxent au plus vite les résultats du prélèvement. J’évite ainsi la perfusion d’antibiotiques d’emblée. 

10h45 : Fanny nous demande de lui donner les affaires de naissance de Lùca. L’homme se rend compte qu’il a oublié le sac à la maison. Demi-tour pour lui.

10h50 : Je m’installe dans ma chambre avec mon ballon de maternité en attendant que le travail démarre, puis je commande un plateau repas pour le midi. Fanny m’encourage à pratiquer la respiration sophrologique apprise pendant les cours de préparation à l’accouchement pour intensifier les contractions. Effectivement, à chaque fois que je souffle de cette façon je sens que c’est un peu plus difficile. Elle me demande de retourner la voir aux alentours de 12h15 pour un contrôle et s’en va. Me voilà seule sur mon ballon. J’ondule du bassin, je fais des « huit » et des mouvements circulaires. Je décide de déballer ma valise mais je n’y parviens pas. J’ai besoin de mon ballon. 

11h10 : Une étudiante sage-femme débarque de nulle part et passe à l’attaque : « C’est vous qui ne voulez pas de la péridurale ? » (Euh… oui, et ?). « A mon avis vous allez finir par la prendre ». « Vous êtes bien sur votre ballon ? Et comment ça se fait qu’on ne vous a pas perfusée ? » Un gynéco passe dans le couloir.  Elle l’interpelle : « Eh ! Dr Z. ! C’est un sans péri ici ! » (Cafteuse !). Le grand ponte s’amène : « Sans péri ? Mais pourquoi ? Vous préférez avoir mal ? Je ne comprendrai jamais les bonne-femmes ! Bon, si vous avez besoin, vous venez nous voir » (C’est ça, du vent).

11h40 : L’homme revient enfin avec le sac de naissance. J’alterne toujours entre le ballon et le quatre-pattes en suivant mon instinct. On parle et on rigole entre les contractions. Je n’ai pas peur, tout me semble aller dans l’ordre des choses. J’espère juste qu’on me fichera la paix jusqu’au bout et que les choses bougeront rapidement. Ma seule crainte est de devoir subir des actes inutiles et à risques pour mon bébé (perfusion d’ocytocines pour accélérer le travail, par exemple).

12h05 : Je demande à l’homme de faire chauffer la bouillotte. Pressentiment ? Soudain, une contraction d’une violence incomparable à toutes les précédentes me saisit. A partir de là, je n’aurai plus la notion du temps.  Je me jette à quatre-pattes. C’est puissant, ça me prend tout le dos et il n’y a rien d’autre à faire que d’attendre que ça passe. La contraction est à peine terminée que je me rue sur le ballon. Je dis à l’homme de me passer la bouteille d’eau. Pas le temps ! Tout juste ai-je terminé ma phrase qu’une autre contraction de la même intensité me saisit. J’attrape mon homme et l’enserre de toutes mes forces tout en continuant à bouger le bassin. J’ai besoin de le sentir tout contre moi, de vivre la contraction avec lui. Il est là, simplement présent, et ça me suffit. La contraction se termine et je commence à me demander si c’est normal qu’elles soient aussi rapprochées. Pas le temps de réfléchir, une 3ème contraction toute aussi violente me broie le dos (toujours aucune douleur dans le ventre). Je gémis, ré-attrape mon homme et plonge de nouveau dans la contraction. Je suis déconnectée du monde, dans ma bulle. Ca fait mal mais je n’ai pas peur. Le déroulement des choses me paraît d’une évidence limpide. A la fin de la contraction je dis à l’homme que les contractions s’enchaînent trop vite, que ce n’est pas normal… Une quatrième contraction me surprend avant la fin de ma phrase. Je me jette sur le lit et m’enroule sur moi-même comme un animal sauvage. J’entends au loin l’homme qui me répond naïvement : « c’est peut-être le début du travail ? ». Intérieurement je sais que ce n’est pas ça. A partir de là je ne verrai plus rien de ce qu’il se passe autours de moi. Je garderai les yeux fermés, recroquevillée sur moi-même, complètement centrée sur ce qu’il se passe dans mon corps. Je sais que j’ai mal mais je suis incapable de localiser la douleur. Tout mon corps vit la contraction. Le monde extérieur n’existe plus, je ne tiens plus compte de rien. Je me réfugie dans mon monde et je m’y sens bien. 

A la contraction suivante, je découvre une nouvelle sensation d’une puissance inouïe. Mon ventre se met à pousser tout seul ! C’est fort, intense, d’une amplitude inimaginable. Je me mets en travers du lit et pousse de toutes mes forces malgré moi. Je ne peux pas aller contre, mon corps travaille tout seul et me demande de l’accompagner. Dans un éclair de lucidité, je demande à l’homme d’appeler quelqu’un. Il me dit : « T’es sûre ? » (Fais ce que je te dis bordel !!!). Une autre contraction survient, accompagnée de cette sensation de poussée d’une intensité indescriptible. J’entends qu’on s’agite autours de moi. Une dame crie : « J’appelle la sage-femme », une autre dit : « c’est rien, elle a juste une petite contraction » (¡¤*### !!). Je replonge dans ma bulle en poussant de toutes mes forces.  Quelqu’un me demande si je peux marcher jusqu’à la salle d’accouchement, je réponds que non entre deux poussées. Je m’appuie d’une main sur le sol et m’enfonce malgré moi le cathéter dans la peau. On me touche, on me déplace, je sens qu’on essaie de me remettre dans le lit (je suis toujours complètement en travers, une main sur le sol). On m’engueule en me demandant de me remettre droite, que là c’est pas possible, va falloir y mettre du miens. « Madame, ce n’est que le début du travail, arrêtez de faire des manières ! » Moi je veux qu’on me foute la paix et qu’on me laisse accoucher. Je sais que mon bébé arrive mais personne n’a encore réalisé.

Le lit parcourt les couloirs, j’entrouvre les yeux mais les visages et les lumières m’agressent. J’aperçois juste mon homme et ça me rassure. Je replonge dans ma bulle. Une nouvelle contraction arrive, je me remets à pousser de toutes mes forces. Quelqu’un me touche le visage et me dit « Ne paniquez pas, respirez! ». Je réponds (je ne sais pas comment) : « Je panique pas ! ». Une autre ajoute : « On ne sait pas où vous en êtes, ne poussez pas ». Moi : « Je peux pas ! ». Je ne sais pas de quoi j’ai l’air pour créer une telle agitation autours de moi, mais je me sens parfaitement bien. Ca peut paraître bizarre mais malgré la douleur, je suis en confiance, je sais que ce qu’il m’arrive est normal. Le lit ne passe pas la porte de la salle d’accouchement. On me demande de faire un effort et de me lever. Je ne sais pas comment je fais pour me mettre debout. Je garde les yeux fermés, je sens que l’on me soutient et qu’on m’amène sur un autre lit. Fanny, la sage-femme, crie : « Appelez un gynéco, on n’a plus le temps ! » Quelqu’un d’autre répond qu’il n’y a pas de gynéco de disponible. Elle dit : « Vous voyez là, si j’enlève mes doigts, la tête sort ! » (Et alors?)

Un gynéco arrive enfin. Tiens, le Dr Z.  « Ah ! C’est madame sans péri ! Je comprends vraiment pas pourquoi vous ne la voulez pas ! Vous savez que je peux encore appeler l’anesthésiste ? » (tu te fous pas un peu de moi là ?). Il engueule Fanny «Comment ça se fait qu’elle n’était pas en salle d’accouchement ? ». Fanny réplique que je suis arrivée il y a à peine une heure, col fermé et postérieur et que bref, c’était pas demain la veille que j’étais sensée accoucher. Normalement.

Las de ces élucubrations, l’homme m’attrape une jambe comme on l’a appris lors des séances d’haptonomie, tandis que le reste de la troupe s’affaire à monter des étriers dans lesquels je ne mettrai pas les pieds. Je peux enfin pousser comme me l’intime mon corps. C’est tellement puissant que j’ai besoin de bloquer et d’y aller de toutes mes forces. Tant pis si je déchire, je ne peux pas faire autrement. A chaque poussée, je lève le bassin et m’agrippe au tenant du lit derrière moi. Le Dr Z. me dit d’arrêter de gesticuler dans tous les sens. Fanny me répète inlassablement : « Allez-y ! Inspirez, bloquez, poussez ! » pendant que l’élève sage-femme m’appuie sur le ventre en avertissant l’assemblée à chaque contraction : « Y en a une, y en a une !!! » (Dit moi pas que c’est pas vrai !!) Si je n’étais pas en train d’accoucher j’aurais sans doute éclaté de rire.  Tant d’ignorance de la physiologie m’afflige. J’ai l’impression d’être une marathonienne coincée au milieu de supporters déchaînés. Ce qu’ils n’ont visiblement pas compris, c’est que je n’ai pas d’anesthésie. Par conséquent mon corps pousse TOUT SEUL pendant la contraction, il n’y a nul besoin de me dire quand le faire ni comment le faire.

Le Dr Z. me prévient que je vais avoir une sensation d’étirement, que c’est normal, c’est mon périnée qui s’étend.  Je crie soudain : « Ne coupez pas ! », puis je me remets à grogner en poussant. Tout le monde éclate de rire. Le gynéco me dit qu’il n’est pas question de couper pour le moment. Je sens qu’il fait des mouvements circulaires avec sa main pour étirer mon périnée. C’est super désagréable mais si ça peut m’éviter de déchirer… Je l’entends bougonner : « Quand même, si on fait une toute petite épisio, le bébé sera là dans une minute. Enfin si vous préférez continuer à pousser, ça vous regarde, hein ? ».  Ben oui, je préfère.  Les contractions ne me font quasiment plus mal, la force de la poussée a remplacé tout le reste. Je peux bien continuer quelques minutes de plus. 

On me pose une alèse sur le ventre. Je sais que la fin n’est plus très loin. J’ai besoin de mordre quelque chose, j’attrape une main. Fanny prévient le propriétaire de l’attribut en question : « Attention, elle va vous mordre !!! » (Balance!). La main se retire, je serre les dents. Je pousse une dernière fois, de toutes mes forces. Le Dr Z. me demande d’arrêter de pousser. Ca tombe bien, je n’en ai plus envie. La tête est dehors. Quoi ?! Déjà ?

Et là, enfin, mon tout petit surgit de moi. On me demande si je veux l’attraper. Je le saisis par les bras et le pose contre mon cœur. Lùca pousse son premier cri. Il est 12h47. Je ne réalise pas tout de suite, tout est allé tellement vite! Je n’arrive pas à me faire à l’idée que c’est déjà fini. Mon bébé garde les yeux fermés en chouinant un peu. Il est tout gris et plein de vernix. Il est beau. Et il sent bon, tellement bon ! Je voudrais pouvoir emprisonner cette odeur pour la garder à jamais dans l’écrin de mon cœur. Mon homme fond en larmes tandis que je serre contre moi ce petit être si parfait.  Le Dr Z. fait les vérifications d’usage. Je n’ai ni déchirure, ni éraillures et je ne me suis jamais sentie aussi bien de ma vie. Je suis shootée aux hormones, sur mon petit nuage.  Plus tard, je tente de faire téter Lùca mais je n’y parviens pas. Fanny me montre comment tenir mon bébé et le positionner. Et très délicatement, elle l’invite à prendre mon sein. Au bout de plusieurs tentatives, Lùca ouvre bien grand la bouche et commence à téter. Il entrouvre les yeux et me regarde pour la première fois. Je réalise alors que je suis maman et un amour immense m’envahit. Je fonds en larmes à mon tour en disant : « On a réussi, on a réussi ! ». Ca y est, mon bébé est né, avec un mois d’avance.

On reparle souvent de la naissance de Lùca avec mon homme. C’était un accouchement rapide et magnifique, j’ai eu une chance inouïe. Je ne pouvais imaginer meilleur mari et meilleur père pour mon enfant. Ce 24 avril nous avons mis au monde notre fils et je suis née en tant que mère.

29 juin 2010

Give away Dodudindon - Ze winneuse

Et voici la vidéo tant attendue de la winneuse Dodudindon...Pleure pas public, ce n'est pas encore ton tour de gagner...

video



Que ça ne t'empêche pas d'aller lire le Nain d'Argent et le Nain d'Or du concours précédent.
Feignasse va!

Nain d'argent de N.C

Cher public, je te vois, je le sais, tu te ronges les ongles d'impatience (enfin toutes sauf Wondermaman qui a eu le temps de les repeindre en Nude Beige hier soir pendant le bain des nains).
Tu as découvert hier le Nain d'Or et tu as apprécié. C'est bien, tu as du goût.

Je te propose aujourd'hui de passer encore un chouette moment. Ne me remercie pas, c'est dans ma nature de te permettre quelques instants de détente dans ta difficile journée d'éleveuse de nains.
Le texte qui suit est vraiment drôle, vraiment émouvant, et surtout, vraiment vrai.
Je vous souhaite de passer un joli moment avec ce doubeul récit d'accouchement qui nous est gentiment offert par N.C

"Contexte : accouchement 1
Etat d’esprit : pays de Candy
Statut Obstétrical : primipare
Evolution de la grossesse : le terme moins 2 semaines
Soirée :  morose pour cause de « cette fin de grossesse est un sacerdoce »

Relations avec proches : « pas bonnes »
(extrait de ce que je reçois en permanence de la part d'un entourage aimant et attentif à mon bien être...)
" Vous faites chier la grosse otarie et le futur morveux. Si t'accouches pas demain, vendredi ou samedi matin je vais devoir annuler mon WE à Bordeaux du 15. Pour la peine, tu ne sortiras pas avant le 17 bébé comme ça tu serras bien à terme, avec un QI supérieur à la semaine d'avant (ça pourra te servir dans tes prochaines années pour mieux manipuler tes parents, surtout ta mère qu'est une coriace). Tu vas certes l’éclater en passant mais ça lui passera l'envie de recommencer… "


Bref…On est tous dans l’expectative en ce début de mois de mars 2008

Et à 2h43 du mat le vendredi 7 mars :
TADAMMMM ! Monstrueuse douleur qui me sort du lit!
Debout je m'interroge...bon c'est clair, cette douleur a un lien avec mon état (extralucide hein?) mais est ce que ça veut dire : BRANLE BAS DE COMBAT!!!
traduction: microlax + douche + téléphone parents + réveillage du gros Mig (futur papa) + départ mater...???
ou alors ça veut dire:
 « calmos, tu vas morfler chez toi pendant 3 jours / 4 nuits comme ça, pour arriver à la mater ouverte à 1 ...Prends donc deux spasfons, et retournes te coucher dés que ça fait effet.. »
Je me recouche et geins pendant quelques minutes.
Une heure après ma première douleur, à 3 h 40 exactement, une contraction plus forte que toutes les précédentes à raison de mes doutes...Cette contraction explose le bouchon muqueux hors les murs et provoque la fissure de la poche des eaux. Retour aux toilettes "médusée"...
Bon là, y a accélération non? Là ça va pas durer 20 ans donc mise en route du protocole de départ (version gros bordel : douche avant microlax...pi arrêt brutal du protocole face à l'intensité et la fréquence des contractions, ça va bien les conneries.)

Le temps que Mig rassemble ses idées et 2 / 3 affaires (genre son roman..Pov chat, à ce train là t'es pas prêt de l'ouvrir ton bouquin), attaque furieuse de contractions toutes les 3 mn...

A 4h, elles sont tellement fortes que je vomis dans la cuisine (youpi)...A ce stade, je ne réfléchis plus, mon cerveau est parti, il a fui ce carnage et moi je ne suis que douleur gémissante et haletante. La panique me possède. J’en suis à occulter à 100% que tout ça est naturel. Je ne sais plus vers quoi je tends, je ne sais plus que le jour J c'est maintenant, je ne sais plus que tout ça me rapproche de mon enfant, et c'est là que Mig me sort une phrase à la con qu'il a piqué à ma mère "petit chat rappelle toi que cette douleur est purement positive..hein..petit chat...dis, t'es heureuse, hein ? "
Je ne réponds rien, il n'a pas l'air convaincu, il aurait préféré que je le pourrisse avec sa phrase à la con, ma vulnérabilité l'effraie...silence dans la voiture...
Enfin il reste encore mes "ha hargh haaaa houlaaaalalaaaa, sniff...." plus ou moins hurlés. Mig me dit que les contractions se rapprochent, il compte moins de deux minutes entre chaque. Il nous reste 30 mn de route...Je calcule qu'il me reste 15 contractions avant qu'on m'aide. Naïve que je suis, le mec avec sa grosse piquouse, il m’attend derrière la porte de la mat, c’est sure, à 5 h du matin ‘l’a rien d’autre à faire…
Pays de Candy quand tu nous tiens…
C'est insurmontable comme pensée. Je pleure un peu histoire de passer le temps. Mig fait face pendant 20 bornes mais perd pied en pleine ville ; la tension, l'inquiétude, la peur et la fatigue ; il ne sait plus aller à la clinique...Tu le crois ça?? après 5 visites avec lui dans l'année !
On finit par arriver...DING DONG..."oui c'est pourquoi?" ET Mig tout sourire "Je pense que ma femme est en train d'accoucher sur votre paillasson... " .
"Ha bah non !" qu'elle répond la sage femme... « c'est pas water proof »...
NAN MAIS JE MEURS MOI...VOS BLAGUES A DEUX BALLES, JE M'EN COGNE MOI...
mais la seule chose que j'arrive à articuler c'est "j'ai mal madaaaaaaameheuuuu, aidez-moi".  Très honnêtement, je suis pathétique, j'en ai parfaitement conscience à ce moment là mais je m'en fous. Je suis prête à bien plus et je vais le prouver...

"bon madame vous n'allez pas accoucher dehors, entrez, entre deux contractions sautez sur la table que je vous examine...Les contractions vous avez compté, c'est tous les combien?

Mig de répondre "C'est tombé à moins de 2 mn maintenant"

_wouaw, madame va vite, et ça fait combien de temps...5 à 6 heures, ça vous a pris hier déja?

et Mig "Non, ça fait 2h30..."

Silence renfrogné de la dame qui me farfouille ."Ha bah oui! ça va pas trainer...vous êtes à 3 doigts larges, vous allez sur vos 4." Et moi je lui coupe le sifflet en hurlant "je vais quand même avoir ma péri? HEIN? J'Y ARRIVERAIS PAS SANS!!!"suivi d'un gros "ouinnn" des familles, très digne.

 « Mais oui, ne vous inquiétez pas, on va prévenir l'anesthésiste et vue la rapidité des choses, vous allez direct en salle d'accouchement, vous accoucherez dans moins 2 heures..."
Ca c'est pas fait pour me rassurer donc je repleure, histoire de bien lui faire comprendre à la dame que je suis une grosse nulle en dessous de tout ; des fois qu'elle aurait encore un doute...Mig qu'en a lui est tout vert...
Me voila dans  « the » salle d'accouchement  customisé version "jungle". Je me dis "voila j'y suis, ça va être de la boucherie moyenageuse sur fond de papier peint des années 70, tel est mon destin" enfin je me dis ça très vite parce que je rappelle les contractions reviennent toutes les minutes 30 à c't'heure...

On me dit "entre 2 contractions, vous vous déshabillez, vous enfilez ça (blouse bleue foncée en papier) et grimpez sur la table..."
Pfiouuuuu...va pas falloir traîner, quel challenge. La douleur passe, je fonce, me suis jamais foutue à poil devant autant de gens, encore moins aussi vite et avec autant de désinvolture. Je suis tellement concentrée sur mon timing au point de ne pas remarquer le teint fadasse de mon gros Mig. Mission accomplie mais une fois assise, les douleurs sont décuplées. Je ne geins plus, je ne pleure plus, je suis blanche en haut, violette en bas et qu'un hurlement ! Et en plus on m'abandonne, on me laisse 20mn seule, même gros chaton n’est plus là.
J'apprendrais plus tard qu'il remplit des papiers dans un bureau pas loin et qu'il entend mes cris d'orfraie, et j'ose le dire, mes "au secour", "y a quelqu'uuuuuuun ???? " "ausecouuuuuurrrrrouinnnnn" et bien sur mes éternels "j'ai peuuuuuuur", "miiiiiiiiiig"

Ouais...je sais...c'est totalement nul, j'ai été nul mais pendant ces 20 minutes mes contractions surviennent toutes les 50's d'une intensité que la machine ne peut plus mesurer et mon col passe de 3 à 6 alors la dignité dans ces moments là hein?
Mig revient, il me couve, me berce, me câline, me parle (j'entends plus), me rassure, m'aime à sa façon très tactile. Sinon moi je suis en train de crever, y a pas d'autre mot comme une bête à l'agonie.
La sage femme revient m'ausculte, ouverte à 6 ...
"pfouiiii, bo travail, vous avez un utérus de compétition madame...vous êtes faite pour accoucher" (et ma main??? DANS TA GUEULE???CONNASSE!!!)
Moi, hermétique à la flatterie vous pensez bien, de susurrer : "ET LA PERI, C'EST POUR QUAND? Y A PAS DE DOCTEUR OU QUOI? JE VEUX MA PERI"
et elle "mais enfin madame vous êtes là que depuis 1/2 heure...il arrive, on l'a réveillé, faut bien qu'il s'habille (ouais ben moi j'ai mis 1 minute pour ça alors pourquoi pas lui). Regard suppliant du chat de Shrek, rien n'y fait, sur un rond de jambe, elle re-disparait...
 « Mais putain, personne ne va donc jamais surveiller la porte de mon anatomie...c'est un boulet de canon mon gamin, z'ont pas compris ou quoi ? »...
Mig tient le coup, telle sœur Anne au portillon, il guette un homme dans cette univers féminin et finit pas m'annoncer:
"c'est bon chaton, le v'la! arrête de hurler"
Alors là, c'est l'apothéose de mon aventure. Monsieur l'anesthésiste arrive, tête de Woody Allen en plus grand, élocution un peu moins diarrhée-ique mais assez proche tout de même...

 « Alors madame parait qu'on a besoin de moi? »
VOUI
pas de pb, on y va...Aiguille dans le dos posée, et voila que s'engage entre Mig et le mec une conversation de salon sur le matériel utilisé pour cette opération périlleuse, sur les marques allemandes, sur la précision du geste, sur le métier d'anesthésiste et sur celui de chef de projet de mon cher et tendre ; pendant ce temps là moi je continue à mourir en hurlant. C’est là qu'un vieil effet larsen couvre mes cris. J'entends l'anesthésiste dire « C'est pas vrai, ‘s'est mis en rideau cette saloperie, ‘va m'en falloir une autre, je reviens madame..."
Ouais…On en a toutes des histoires de péri qui tardent, celle là c'est la mienne...et l'effet larsen continue...et moi qui est une barre en fer dans le dos rattachée à rien et surtout pas à un bocal rempli de produit anesthésiant de dire « C’est pas grave, combien de temps va-t-il  mettre à agir le produit monsieur ? "
regard désespéré du mec envers Mig tout aussi désespéré...
"Mais c'est que vous n’êtes pas encore branchée madame..."et sur ses bonnes paroles il se casse...si si si …
Redoublement de mes larmes/cris/aboiements.

Alors à 6 heure, c'est le moment que j'ai choisi pour devenir  carrément grossière (plus de cri, plus de larme mais des "putain de putain de putain, j'en peux plus, putain de putain de ...)

C'est aussi à ce moment là que c'est opéré le changement de sage femme (tant mieux celle qui arrive est vachement mieux que la première) et quand elle m'entend asséner des « putains » en veux-tu en voilà, elle me lâche un cordial "bah ça va pas me changer de ma fille..."

On phase immédiatly!

Bon en attendant l'anesthésiste devient à moitié taré avec ses appareils allemands qui foirent à longueur de temps, m'en ramène un autre, effet larsen dans les dix minutes...Toujours pas de péri, Mig est couleur caca d’oie…
Le gars regarde au fond de mes yeux, y voit sans doute la folie qui me guette et décide d'agir "Allez hop! à l'ancienne! » Il prend une grosse seringue, le colle au bout de mon cathéter et appuie à fond. En gros il me pique tel un clébard malade et vous savez quoi ? C'est merveilleux … 

En 5 mn, je suis délirante comme rarement Mig m'a vue, et tellement plus silencieuse...Il n'en croit pas ses yeux ni ses oreilles. Il blague deux secondes puis se tait. Mon courageux acolyte est pris de nausées. Il doit courir dans le parc pour se soulager...Il va y retourner comme ça 5 fois. Le pauvre ! Moi je préfère divaguer gaiement en matant le papier peint qui prend tout son sens sous péridurale...

A 8 h environ je suis à 10 mais contre toute attente, Jules est remonté sous mes amygdales et refuse de descendre. Mig lâche l'affaire et se réfugie dans la lecture de son bouquin.
Nous avons attendu ainsi de 8h à 9h15 que mister bonobo daigne descendre de son cocotier...Mig en lisant comme si sa vie en dépendait ; il finira son Harlan Coben à 9h10 ( trop fort le mec) et moi en comptant mes orteils ...

Puis elle est revenue et m'a dit "bon allez, on va voir ce que vous êtes capable de faire". Et
5 mn plus tard "bon...c'est pas ça du tout...vous ne sentez rien?" et moi, de moins en moins hilare quand même "bah non, k'dal, putain de ..."
"oui c'est bon on a compris!" qu'elle me dit.
"bon je vous explique..."
Vous avez déjà eu des cours de prépa à l'accouchement le jour J vous? surréaliste...enfin bref...au bout de 15 mn...la v'la qui dit "va falloir l'aider ce bébé, Gislaine, va m'appeler le dr machin" et 5 mn plus tard un gros nazi pénètre dans la salle d'accouchement, dans MA salle, et il me dit entre autre : "aujourd'hui les forceps sont beaucoup moins impressionnants qu'avant"

PUTAIN DE PUTAIN....!

Je relève la tête, fixe le monito et balance "allez, en v'la une (de contraction) je vais vous le sortir cette fois..."
pi c'est ce que j'ai fait!
Ce qui m'a valu un beau "Purée, tu t'es réveillée à la fin...c'était grand" de Mig quelques heures plus tard. Et voila...une p'tite épisio, un bébé en pain de sucre éjecté par sa mère en une poussée au final et surtout, en 5 mn, la création d'une famille...

Fin de l’acte 1


Acte 2 : multipare/ pays de Candy II le retour

Le départ en 5 points:
1/ Tout a commencé à 2h du mat dans la nuit du dimanche au lundi 15 février 2010 à 3 semaines du terme. Tout a donc commencé en douceur va-t-on dire par une sensation de « caresse » entre mes cuisses (oui oui oui) qui s’est avéré être l’écoulement d’un liquide hors de moi, l’équivalent d’une tasse à thé…Je me suis levée dans la foulée pour aller aux toilettes histoire d’éclaircir ce nouveau phénomène humiliant en lâchant deux trois « p’tain keske c’est ce bordel ».
Mig m'interroge, je lui dis : « C’est soit les eaux, soit de l’incontinence, j’aurai tout eu, dieu si tu me regardes saches que j’en ai plein les bottes de ces conneries..Dors, je te tiens au jus (sans mauvais jeu de mot) ».
Je vide ma vessie, elle est pleine, semble contrôlable et contrôlée, je teste mon périnée, opère quelques génuflexions dans la baignoire (ben oui je suis prudente, je ne vais pas en plus passer la serpillière en pleine nuit) : rien !
2/ Je sors de la baignoire, grand écart oblige, vlaf : l’équivalent d’une demi pinte d’eau par terre, je suis bonne pour la serpillère…Et, c’est important, aucune odeur, aucun couleur cette eau…Bon ben c’est pas de l’urine en tout cas. Ablution, nettoyage…Je caille, je suis nase, je refonce sous la couette (grosse politique de l’autruche…). Je ferme les yeux, suis assaillie par des pensées plus qu’encombrantes genre accoucher à la maison, je les chasse, je veux dormir, mais la fameuse phrase de gygy revient en boucle « A la première occasion, trainez pas, venez… ». Il est 2h25.
L’enjeu est important, si c’est les eaux, je dispose avec certitude de 2 heures pour caser Jules (l’ainé), gagner la mat, me mettre à l’abris de toute précipitation, tensions, terreur, douleur (ha ha ha…quand j’y pense ) avant le début des contractions (et quand je dis 2heures, c’est au bas mots hein ?)

3/ Pffffou…Aller, je me relève, dis à Mig de dormir encore une demi heure, que je vais procéder aux derniers préparatifs et que je viendrais le chercher parce que c’est à priori pour aujourd’hui. Il est calme, moi aussi, on est juste un peu nase, juste un peu dérangé quoi mais à ce moment du voyage, on a confiance.

4/ Je procède, floc, floc…Une brosse à dent par ci, un mail par là, un microlax (la bonne blague, c’est nul ces purges…hu hu hu… pardon !)

5/Je remonte donner le top départ. Je rappelle au Mig de prendre son bouquin et de descendre Jules. Moi même pendant ce temps la, je fais chauffer la caisse, ouvre le portail, il fait –8°, super !
Jules arrive, pas un pet déconcerté, réclame son bibi comme tous les matin, l’obtient (ouais on va pas négocier là) on le charge dans la caisse, il est très heureux, Mig est très très calme et moi aussi.

Je n’ai toujours aucune sensation désagréable en dehors d’une vague humidité entre les cuisses que ma culotte pour adulte incontinent (obtenue à l’arrache en janvier chez ma pharmacienne sous forme d’échantillon gratuit) a du mal à étancher…
Le placement de bb1:
En route ! Il est 3h du mat
J’appelle la copine qui doit réceptionner Juju, elle ne répond pas, ok ça me tend un peu là…Je rappelle 10 minutes plus tard, elle décroche, comprend la situation et m’assène : « Aujourd’hui je peux pas, c’est le seul moment du mois ou je peux pas, mon boss est en vac j’ai pris de nouvelles responsabilités exceptionnellement… »

Douche froide, c’est la nuit des écoulements. La pression monte d’un coup là, le froid augmente, je m’énerve…Opte pour le plan B les copains qui peuvent assurer la nuit mais pas le matin…Sachant que ça ne suffira pas ! Il est 3h20. Derrière Jules fait de « prouts » avec sa bouche, Mig ne dit pas un mot.
Après explication de la situation: c’est ok on a un point de chute. Ils peuvent assurer jusqu’à 9h. Après Mig devra le récupérer. Moi je sais à ce moment là que ça va être chaud, une poche des eaux qui craque ça n’entraine pas directement le début du travail. Je me vois bien accoucher vers 16 h moi…sans mon mec, avec mon drôle dans la pièce à côté…

Entre temps la copine du plan A me rappelle et me dit qu’elle peut se libérer pour 9 heure.
C’est acrobatique, sans doute flippant pour mon bébé 1 mais ça va le faire. Ai-je un autre choix ? Il est 3h 45…
Je ne le sais pas encore mais Jules refusera de se coucher dans un lit de grand. (Et oui, dans le plan A y avait pas besoin d’un lit parapluie, dans le plan B mêlé de A, si…), il dormira les genoux à terre la tête posée sur les couvertures, la position du moine en prière…Petit père…Il sortira de sa prostration qu’à la vue des gros seins d’Hélène (plan A) mais ne sera, à priori pas traumatisé à vie… ?

Nous pendant ce temps là on continue la route. J’envoie ma première salve de SMS à l’entourage et notamment aux parents à Perpignan.

Arrivée à la clinique
Bon on arrive à la mater dans le calme et la sérénité. Ayé ! Plus rien ne peux m’arriver ! Je suis d’humeur badine, la vie est belle, la fin du chemin est proche et dégagée...
_Oui c’ets pourquoi ?
_Je perds un liquide et j’aimerai bien en connaître la raison…
_Ok passez par là on va regarder
FLOC !
_Ah oui vous perdez un liquide…
_Comme je vous dis…
_Mon test va tourner donc, passer du marron au bleu foncé si c’est du L.Amio. Installez-vous là, monsieur vous voulez un oreiller ? Un guronsan ? Un raï de coke ? …

Le temps de me et se préparer, cette gentille dame me parle de la météo.
Elle reprend ma Hauteur Utérine: 34!!! J'ai pris 2 cm dans le WE? Elle me dit que c'est fréquent, une poussée de croissance de l'enfant produit souvent la rupture de la poche. Elle procède au test.
_Ben non, il ne réagit pas…
_Rigolez pas, je viens de refiler mon aîné, je peux décemment pas retourner le chercher…(les mots me manquent pour décrire ma stupeur, si je me suis plantée, c’est TOTALEMENT la honte !)
désespoir profond de ma personne qui entend Mig se dégonfler à côté sur sa chaise…
_Ben ça se trouve c’est une micro poche qui peut cohabiter avec la véritable mais qui ne fait pas virer la solu…


FLOOOOOCCC

Une brouette d’eau vient de surgir de moi, entièrement tremper la p’tite dame qui, si elle était un gros coton tige plein de soluc, s’rait toute bleu !

"Bon ben là, je viens de vous péter la vraie poche cette fois, je l’ai juste effleurée et…Voilà quoi !"
Elle est hyper gênée et moi super ravie. ‘vont me garder !

Le mystère reste entier niveau premier liquide en tout cas…Mais l’honneur est sauf, c’était pas du pipi !

Passage en salle de prè-travail (ouais super, cette fois j’y ai droit !!!Merci p’ti Jésus). L’équipe vient me féliciter pour le timing, me donner la télécommande pour la télé (j’ai le choix entre chasse et pêche et les JO), le ballon pour mes exercices et premier monito : il est 5h30.
Aucune contraction n’est détectée. La sage femme m’annonce la suite des événements : On attendra midi avant d’aider la nature (entendre ici déclencher le travail artificiellement), mon gynéco passera vers huit heure et si des contractions arrivent d’ici là, dés huit heure, je pourrais demander la péridurale. Je ris, c’est trop l’idéal ce protocole. Avec Mig, on se dit qu’on aura rien à raconter sur cet accouchement !

Vous voyez BABE qui chantonne avant le repas de Noël ?  pareil !

Je téléphone à mes parents plus longuement, ils mettent en place le plan hors sec, départ de Perpignan dans la foulée. Je réponds aux SMS des copines aufiennes, elles rétorquent, elles sont géniales ! Mig s’endort sur sa chaise, moi je me dandine sur mon ballon, respire à fond, m’ennuie un peu….
Vers 6h30, je sens des douleurs de règle, je me dandine de plus belle, me dit : « Dingue ! En plus le travail va se déclencher tout seul, c’est trop de la balle ce truc »

Babe toujours lui...

Vers 7h changement d’équipe, ma sage femme vient me présenter sa collègue de jour. Je plaisante : « hé ! C’était déjà vous pour mon aîné y a deux ans ! C’est sure c’est pour aujourd’hui alors ! »
_Oh oui, je me disais bien que votre visage me disait quelque chose…blablabla
Elles (les deux) me placent mon dernier monito, elles sortent, je reprends mon visionnage de télé, Mig ronflote…Le calme avant la tempête…

Coincé sur mon lit, je commence à sentir de vraies contractions qui me plaisent que moyennement en raison de leur ampleur et de leur rythme. Je réveille Mig en douceur « CHATON , CHAAAAATOOOOON BORDEL, réveille toi, j’en chie là. Masse-moi le bas du dos, plus fort, plus fort je te dis, fais moi mal, j’ai trop mal »

Entre 7h10 et 7h30, mes contractions se suivent toutes les 3 mn, elles sont de + en + fortes. Durant ses 20 minutes, j’essaie de gérer, d’être digne, tout va bien tout est sous contrôle, ça va aller…N’empêche j’aimerais mieux qu’il soit 8 h et que l’anesthésiste soit là…Là j’ai déjà (trop) mal !

Accélération:
Vers 7h30, j’arrache le monito, me jette au sol, perds les pédales, Mig suit le mouvement et continue à me détruire méticuleusement le dos croyant sans doute, vu mon saut, à une nouvelle lubie de sa femme. Moi dans ma tête, c’est l’ébullition ! Tout ça ne cadre pas. Je ne comprends pas, ça ne colle pas ! Ya 20 mn y avait rien, COMMENT LEUR DIRE QU’Y A UN PB, j’arrive même plus à respirer, encore moins à parler, j’ai hyper chaud, Mig ne comprend rien, je hurle « faut les trouver !!!»…La panique s’empare de moi comme la première fois. Profitant d’un répit très court, je plonge hors de la chambre en criant « y a klk 1 ? ». Je perds Mig, j’entre dans une salle d’accouchement heureusement vide, une sage femme surgit et me dit « oula, ça s’accélère ! Brigitte, appelle l’anesthésiste, ça attendra pas 8 heure ». Je me jette dans ses bras…En vérité, je me jette SUR elle …mais c’est pas tout !

Je suis à poil à ce moment là du récit, j’ai eu trop chaud et j’arrête pas de buffler comme un porc DONC je suis nue comme un ver…enfin c’est pas tout à fait vrai, il me reste mon sous tif. Trop la classe…

"Une vraie tarée" me dira Mig plus tard ! Paraît même qu’il a essayé de m’empêcher de me dépoiler dans la chambre, sans succès. Je me souviens d’ailleurs de son désarroi quand il m’a enfin retrouvé dans la salle d’accouchement accrochée à la sage femme, sanglotant et crachant comme une perdue.
Adieu veau, vache, cochon ET dignité…Encore une fois !

La sage femme demande de l’aide pour me maitriser, elle parle, je n’entends rien, je pleure à chaude larme, je comprends qu’il faut que je mette une blouse…
Je hurle ma douleur, je réclame l’anesthésiste, on me dit qu’il est prévenu. Je pleure quand même.
J’arrive à dire que je ne veux pas vivre ça, c’est pas mon choix, qu’on aurait du appeler le mec plus tôt. On me répond : « comment ça plus tôt ? Mais y avait aucune raison de le faire y a encore 10 minutes… ? »
_M’en fouuuuus, je lui dis à cette même personne à qui je faisais des politesses l’instant d’avant…(steuh louse quand j’y pense…)

Elle m’ausculte tant bien que mal, elles sont deux à me maintenir les cuisses ouvertes et surtout les fesses sur la table ! Parce que moi à ce stade j’ai une putain d’autre question qui me taraude : « c’est quoi cette douleur dans le scrotum ???»
« Vous êtes à 5, ça avance vite…Surtout ne poussez pas, vous allez abimer votre périnée… »
intérieurement je pense : « nan mais elle est concon celle là ou quoi, si elle croit que je vais m’amuser à pousser sans péri …»
mais je dis juste « mpffffouuuuuuhumsnifff »

et elles se cassent !
On reste seul, une autre salve de contractions m’étreint, j’ignore que c’est la dernière ligne droite, il est 7h45…
Les 5 prochaines minutes seront les pires de toute ma vie. J’ai beau chercher à les décrire, je suis loin du compte. Ya tout d’abord cette douleur physique intolérable, mon ventre explose littéralement, mes organes me brulent de partout, ma gorge est en feu, ma peau trempée d’une sueur immonde mais c’est pas le pire.


Le pire c’est la peur ! Jamais rien connu de tel. Je ressens une peur panique qu’il y a un problème et que personne ne comprend. Moi je hurle intérieurement qu’on me soulage, qu’on m’épargne ça, que c’est pas juste, que j’ai fait tout ce qu’il fallait pour éviter cette situation qui me hante depuis que je sais que je suis une femme et donc potentiellement à même de vivre ça. Mig me parle, je n’entends rien, il me brumatise, je ne m’en rends pas compte.

Et c’est là que tu franchis l’ultime marche vers l’anéantissement de ton ego…Dans un spasme, tu te propulses en l’air, opère un salto groupé et, d’une position sur le dos, tu passes en un éclair à genou, le croupion turgescent, tout ça sans même toucher la table, applaudissements !

Cette position communément appelée « de la levrette » convient très bien au petit mammifère poilu qui vit dans les terriers mais en salle d’accouchement, quand t’es pourvu d’une simple blouse obstétricale qui ne ferme pas derrière, ben t’as l’air de rien ou alors si, mais c’est pas à propos…En tout cas, ça a prit au dépourvu mon homme qui, après un temps d'arrêt, s’est immédiatement jeté sur une pile de draps propres pour m’en couvrir...S’en est suivi un début de fightage entre moi, qui voulait de l’air, et lui qui voulait un peu de décence dans cette salle. On a trouvé un terrain d’entente, j’ai gardé le drap à condition qu’il m’en évente, le vent curieusement m’apportant une aide salutaire dans les limbes où je me trouvais.


Dégagé mon derrière m’apporte une minute de répit. Je vois de nouveau, il est 7h50…Comment est ce possible…Je suis sur cette table depuis tellement plus longtemps, que se passe-t-il ici nom de Dieu ? J’entends de nouveau, mais ce que j’entends finit de m’anéantir…Cette toute petite phrase à raison de ma raison : « J’espère qu’il ne va pas avoir un accident avec le verglas, fait –6° »…

Je sais qu’elles parlent de lui ! Mon anesthésiste!.Je comprends qu’il n’est pas de garde dans un piaule la haut mais chez lui, qu’au mieux il va lui falloir de pleines minutes pour arriver, et encore je s’rais pas branchée de suite, bref le carnage est pas près de s’arrêter…A ce moment là j’ai la conscience très nette que je vais l’avoir dans le cul pour la péri, c’est latent mais c’est là. Et comme je ne peux plus communiquer avec personne car les contractions reviennent c’est horrible. Voilà les pensées négatives qui me traversent : « tiens toi bien chérie, la torture ne fait que commencer, on est au spectacle de ta personne, tu vas au moins en mourir »


Chaque partie de mon corps n’est que douleur, je continue de buffler comme une sauvage, je ne sais plus faire autrement…
Les secondes sont des heures !
Mig perd pied, il appelle de l’aide, il me dira plus tard « je t’ai vu commencer à pousser » Perso je sais juste qu’en cambrant le dos, la douleur était moindre et qu’en poussant comme pour faire popo, certaines douleurs s’atténuaient. Les deux sage femmes reviennent, elles s’emparent de moi toujours vagissante « il est là, il est arrivé, il habite loin ? », me collent assise ; ce qui est insupportable, j’ai l’impression d’être empalé et que ça bouge à l’intérieur…

Celle de jour m’ausculte, fait une drôle de tête en regardant sa collègue, je hurle : « keskiyaaaaaaa ? »
-Vous êtes à dilatation complète, vous vous dilatez sous mes doigts, on a plus le temps »

Le pire son que j’ai jamais produit de mon existence est sortie de moi tel le brame enrouée de la bête traquée.

Et surtout tout le monde s’est jeté sur moi car à ce moment là de l’affaire, moi j’ai décidé de me casser…Ce qui s’est manifesté par un début de dégringolade de la table qui m’a valu l’arrachage de la perf de glucose (oui j’avais oublié de dire que quelqu’un à un moment m’en a posé une…)
Voilà…Il est 7h55…Dans 8 minutes ma fille sera là !
La salle se remplit de femmes dont les attributions sont floues. On apprendra après qu’il s’agit pour 4 d'entre elles d’élèves…Quand je vous disais « spectacle ! ».
Je ferme les yeux, je veux fuir cette réalité, je veux être chez moi, ne jamais avoir eu d’enfant, je délire…La sage femme me force à ouvrir les yeux, elle me tient la tête et colle son visage à deux centimètres du mien…
On se croirait dans « Urgence », manque que Carter…

« Vous allez y arriver, toutes les femmes du monde y sont arrivées, vous aussi, c’est sure »
Je secoue le tête, je dis non, je dis c’est impossible, que je l’ai toujours su, que je ne veux pas
« Le plus dur est fait, c’est la dilatation qui fait mal, le reste va aller tout seul, je vous demande juste d’écouter ce que je dis, d’accord, on va y aller des que vous sentez une contraction »

Interlude explicatif : Durant tout cet échange courtois, je continue de buffler comme une hyène aux abois, de souffrir le martyr et de tenter de m’échapper…

A ce moment là du carnage, je ne sens plus les contractions, une douleur nouvelle s’est imposée, celle de mon scrotum écrabouillé et distendu, celle de mes parties molles et cartilagineuses qui s’effacent à l’intérieur de moi. Y a bien une intolérable brulure au niveau de la foufoune mais franchement c’est pas ce qui domine…Mentalement, j’arrive pas croire que j’en suis là. Je ne vois plus que la sage femme, je ne vois même plus Mig, d’ailleurs lui n’est plus là, au dernier moment, il est partie chercher le caméscope sur le parking…Je vais accoucher sans lui, décidément c’est le scénario catastrophe…
Ne sentant plus de contractions tellement la douleur est localisée dans mon derrière, je pousse au hasard en hurlant à plein poumons et ceci 5 ou 6 fois sans effet sur mon boulet de canon. La sage femme me dit de garder l’air, je comprends que je dois arrêter de crier…Je suis prise de panique de nouveau, j’ai l’impression que rien ne se passe, que mes efforts ne servent à rien. Elle me calme, m’encourage, me flatte…Je reprends pied.

Mig revient ! Je vois plein de gens derrière la porte, des hommes, mon gynéco, des pédiatres, l’anesthésiste est là aussi, tout dépeigné, l’air d’un fou, il passe la tête et me dit « j’ai fait au plus vite », ça me fait pleurer direct. Il a vraiment l’air sincère.
Il est 7h57. Je n’ai que des femmes autour de moi.
Mig branche la caméra…diling, message d’erreur, rideau ! La voiture dans laquelle le dit appareil était stockée est bien trop froide cette nuit, le caméscope refuse de fonctionner.
Moi je m’en fous, la douleur est présente, intolérable quand je ne pousse pas, paroxysmique quand je pousse mais le salue est là…
Deux fois, Mig me dit de reprendre de l’air car je ne m’oxygène pas assez…Mes poussées sont désespérées, efficaces paraît-il mais dangereuses pour moi.
Je me recentre, je veux la sortir maintenant, je hurle à mes sbires « ON Y VAAAAAAAA », tout le monde éclate de rire, même derrière la porte, jusqu’au bout cette fois : j’entends la sage femme dire « elle arrive », je sens mes chairs s’écartées, je n’ai pas si mal que ça au foufouillon et cette pensée m’étonne. Par contre le derrière est en feu !


Je soutiens l’effort, la tête sort, je hurle, je stoppe la poussée, je reprends, les épaules passent, le reste suit délicieusement, on me dit de venir voir, de prendre mon enfant…Il est 8h02.
Cette sensation de poids sur moi, elle est là! Toute chaude, toute sale ma perle. Du vernix jusqu’au yeux, ma jolie poupée un peu prématurée. Je me cramponne à elle et éclate en sanglot…La sage femme qui m’a accueilli cette nuit (et qui n’a pas débauché du coup) a les larmes aux yeux. Je lui embrasse la main. La douleur laisse place à une sensation de brulure. Peu importe, je ne suis plus enceinte, ni en train d’accoucher, je suis juste la mère de Jules et d’Adèle et ça me va très bien…
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...