29 juil. 2017

La faille

(Ce texte a été écrit il y a quelques temps - j'ai juste eu du mal à le partager)


Ce soir ma vie a changé 
Ce soir pendant dix peut être quinze minutes (mais peut être étaient-ce juste cinq ?)  je ne t’ai pas trouvée. Nous ne te trouvions pas. Nous ne te trouvions plus. Alors que tu étais là, l'instant d'avant. 

J’ai soulevé des draps, j’ai regardé sous les meubles, j'ai crié. J'ai ouvert, nous avons ouvert , les larmes au bord des yeux et le cœur en miettes, la piscine, nous attendant à te voir noyée.

J’ai couru dans les rues en hurlant ton prénom.
J’ai pensé “c’est ici, c’est maintenant que tout s’arrête”.
J’ai hurlé “mon bebe” dans ma tête. Plus fort que ça. Je ne m'entendais plus hurler.

J’ai dit “ Tu vois, tu vis en te disant qu'il y a un instant où tout bascule et c’est là. C'est maintenant.

Comme si on n’avait fait que vivre en sachant que ce moment arriverait.

J’ai eu peur putain j’ai eu peur.
De ne plus jamais te voir, de ne pas avoir imprimé ces derniers moments. De ne plus me souvenir, de ne plus te sentir. 
Sans coupable.
Juste parce que.

Ce soir je t’ai perdue de vue 10 Minutes.
On t’a cherchée.
On a hurlé
On a eu peur bordel, peur de l’horreur,  peur de l’infame qui peut arriver. Et qui aurait juste commencé comme ça.

Ta vie brisée
Nos vies brisées.

J’ai cru te perdre ce soir et je me suis dit, ça y est, c’est à ça que ça ressemble.
Je n’y suis pas encore mais je l’entrevois.
Je le devine.
Je ne veux pas,

J’ai cru te perdre ce soir
Et me perdre.
Il n’y à rien de pire je crois. J’ai senti monter l’indicible, j’en tremble encore crois moi. 

Et le pire tu sais quoi ?
C'est que ce n'est probablement pas la dernière fois.

29 commentaires:

  1. Je m'en souviens comme si c'était hier... Ma toute petite perdue dans un immense complexe hotelier avec des dizaines de piscines non protégées... dans un pays étranger. Ma toute petite qui avait tout juste 4 ans... Ca a duré plus de 30 minutes et ce que tu décris je ne l'oublierais jamais...

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  2. Le jour où j'ai perdu mon fils littéralement en 10 secondes au parc de La Villette... les 10 minutes les plus longues de ma vie. Je me souviendrais toujours du moment où je me suis approchée de quelque chose qui flottait dans le canal... ce sont des moments qui marquent ! (Et elle était où ta fille finalement?)

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  3. Que de frissons... la même chose il n'y a pas longtemps... sortie d'un spectacle de danse, beaucoup de monde, on était deux mamans avec la conviction que ma petite blonde vénitienne était avec chacune de nous... et puis grosse panique. Cinq minutes de recherches ou la peur gronde, bourdonne aux oreilles... cinq minutes c'est tres tres court et tellement long a la fois. J'ai retrouve Ma puce en larmes et moi aussi. C'est tellement rapide, je sais aujourd'hui ce qu'est avoir une peur bleue. Buzz marie

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  4. Tu me files la chiale. Avoir des enfants c'est vivre avec ça. Cette peur que tout bascule. Ces instants où le cerveau a le temps d'imaginer 1000 scénarios horribles. Ces moments suspendus. Quand tu en perds un quelques minutes. Quand ils ont un problème de santé (je me souviens quand ma troiz de 2 mois a eu de la fièvre et qu'on nous a dit que c'était peut-être une méningite. J'ai eu tellement peur de la perdre).

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    1. oh oui cet instant où le doc des urgences te dit que c'est un PTI (toi t'y connais rien) et qu'une autre arrive en disant "la vache il est fortement touché!!" et qu'ils concluent "on le monte de suite". Tu te retournes vers ton schtroumpf, le regarde et vois l'interrogation dans ses yeux, tu lui dis que tout va bien alors que tes jambes se dérobent sous toi... C'était hier, c'était il y a 4 ans...

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  5. Vécu aussi.. A la caisse d'un supermarché il s'était planqué dans le photomaton, petites jambes surélevées... Dans un champ de maïs, de nuit, l'horreur a duré 20 minutes. Et au marché de Noël de Strasbourg 20 minutes aussi. 3enfants différents. Quelle horreur

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  6. Alors, elle était où ?
    Ce qui "rassurant" c'est que ça arrive à tout le monde... Avec cette culpabilité de n'avoir pas assez surveillé, profité.... Et si le pire était arrivé... Le pire arrive tellement vite et chez n'importe qui...
    Et comme tu dis ça arrivera encore de les perdre, seulement 5 minutes, ces 5 minutes qui filent tellement la nausée

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  7. OMG j'avais laissé ce souvenir loin loin dans ma mémoire... Un mercredi 11h30, tous les parents sont là où presque, je sors de l'école avec le petit qui n'y allait pas encore, et sa soeur que j'étais venue chercher à la maternelle. Per-su-a-dée qu'elle était sortie de l'école avec nous. Et en fait non. Je laisse mon petit à une mère que je connais, pour pouvoir courir dans tous les sens, fendre la foule à la recherche de sa petite tête châtain. On s'est retrouvées à l'école, elle était partie du côté pas habituel du avait eu cet excellent réflexe de revenir sur ses pas.
    C'était court mais j'en frissonne encore...
    Je croise très fort les doigts pour que non, non, ça n'arrive jamais plus...

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  8. Elle a trois ans. L'aéroport.Elle lâche la main de papa. Le brouillard. les bruits sourds.Les battements de mon coeur. Courir. Vite. Partout. Le douanier qui bloque la sortie. Les hôtesses qui l'appellent. 1h? Un quart d'heure? Non, trois minutes interminables.

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  9. ça résonne fort en moi, cet instant où tu crois que tout est fini. Quand ce scooter l'a percuté de plein fouet et l'a traîné sur 10 mètres, que tu le retrouves inanimé. Et tu te dis, ma vie ne PEUT pas finir comme ça. J'ai cru aussi que je l'avais perdu à jamais. Tout s'est arrêté, tout s'est brouillé. J'en pleure encore... et c'était il y a 6 ans...

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  10. J'ai été l'enfant perdue à 4 ans, sur la plage des Sables d'Olonne. Il y a 41 ans. Je m'en souviens comme si c'était hier. Je me revois dans le poste de secours, les MNS me proposant une sucette, me demandant mon prénom, je répondais juste en hurlant que je voulais ma maman... Elle qui courait affolée sur toute la plage, et a fini par entendre "une petite fille blonde avec un maillot rayé bleu marine et blanc attend sa maman au poste de secours"... je n'ai plus jamais quitté seule la serviette, et je ne quitte pas mes enfants des yeux sur la plage, même ados maintenant...

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  11. Cela ne m'est jamais arrivé mais je ne souhaite le vivre pour rien au monde. J'écris mon numéro de portable sur le bras ou la main de mesoucis enfants dans les zones à risque.

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  12. Nous sommes montés dans un métro et une de mes filles est restée sur le quai, dans une station avec ces putains de doubles portes qui ne servent à rien sauf à séparer des familles et un gros cons dans le métro s'est permis de nous faire la morale: "on ne monte pas quand le signal retenti etc etc...". E.N.F.E.R/ F.R.I.S.S.O.N.S (eternels).

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  13. Bonjour

    Pinaise, ce genre de ressenti, quand tu es papa, tu les ressens aussi !
    Un truc de fou !

    Tu veux faire confiance, te dire que oui, quand on était jeune, on savait mieux se débrouiller ... blablabla

    Tu te retournes au parc, choub' plus là, à la kermesse tu cherches Choub' durant de longues, oh longues minutes, où .. tu as déjà refait la terre entière.

    Folie de s'inquiéter, et pourtant, aujourd'hui ... il le faut !
    Lui apprendre les bons réflexes, et avoir confiance !

    A plus
    Evan

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  14. Un jour sur l'île de ré choupette se met à courir courir d'un coup comme ça sans prévenir.
    Avec mes poumons d'accordéon percé je n'arrive pas à la rattraper
    Et là bas au bout de la plage des vagues qui bastonnent et qui se fracassent sur des rochers bien coupants....
    J'ai tellement hurlé que j'ai fait une crise d'asthme.
    C'est choupette qui a fait demi tour pour me dire ben alors maman tu joues plus ?
    Du coup je l'ai même pas disputé
    Et on a passé la soirée à apprendre que non même pour jouer on ne part pas tout seul en courant....

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  15. Dingue comme ces minutes qui s'égrainent dans ces moments sont les plus longues jamais vécues.
    Dingue aussi finalement de s'être imaginé ce que l'on ressentirai dans ces cas là... Ce sentiment d'insouciance qui nous quitte lorsque l'on devient parents.

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  16. Cela m'est arrivé aussi. je ne sais combien de temps nous l'avons perdu, mais ça m'a paru une éternité. J'ai imaginé le pire...On se dit que cela n'arrive qu'aus autres et l'espace d'un instant "les autres" c'est nous. J'étais en larme quand je l'ai retrouvée. Elle était d'un calme absolue. Elle me cherchait dans la foule, certaine de me trouver...

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  17. Cest la première fois que je commente un article tant celui ci m'a bouleversée. Il m'a rappelé ce que j'ai vécu à nous York quand nous avons perdu un de nos trois fils, il avait 4ans et ne parlait pas anglais. On était heureux en ballade en famille, les enfants se couraient après sur la high Line, puis l'instant d'après il avait disparu... Ca se bouscule si vite dans nos têtes, je me suis vue reprendre l'avion sans lui. Tout s'écroule. On voudrait reculer dans le temps. Et on la retrouvé et le vie reprend...

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  18. Quand on habitait à Venise (ça claque, comme début de commentaire !), on avait un spécialiste. La foule, quatre enfants et une habitude de liberté qui fait qu'en un clin d'oeil, notre blondinet a disparu. Et à chaque fois, stress intense des parents, l'imagination au galop qui rappelle que Venise c'est plein de canaux et que Petit Blond ne sait pas nager... et on finit par retrouver ledit Blond - ou par appeler la police qui l'a retrouvé - sur le banc d'un quelconque campo, nourri-gavé de sucreries par des grands mères de passage qui regardent noir les Francesi qui abandonnent leurs enfants. A la troisième fois, on a décidé d'écrire nos numeros de portable sur son bras à chaque fois qu'on sortait... (#LaHonte... mais c'est mieux qur la terreur abjecte qui te serre les tripes quand tu te dis que tu ne reverras plus ton Petit Blond)

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  19. PS : j'oubliais que le Petit Blond, lui, était hilare, tout barbouillé de chocolat et pas du tout, mais pas du tout stressé...

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  20. Ma fille de 6 ans, à la plage.

    Partie sur les rochers avec une amie, ses deux garçons et le mien.

    "On a perdu A."

    ".... ? QUOI ?!...."

    "Bah on a tourné la tête 2 min, et elle était plus là".


    Bord de mer.

    Elle fait 1m.

    Elle sait pas nager, elle a pas de brassard.

    15 min à longer le bord de l'eau, yeux brouillés, les larmes et la rage. "et si.. et si..." (enceinte sinon, c'est pas drôle).



    La retrouver à la serviette. Ramenée par une autre dame. "Bon bah elle a repéré le jeune homme au maillot bleu ciel. Je lui ai demandé si elle savait où vous étiez, elle m'a dit "oh bah non, ils ont du rentrer à la maison en me laissant ici". Tranquille Emile."

    Liquéfiée que j'étais.

    J'ai cru que j'étais morte de l'intérieur durant ces 15 min..

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  21. "J’ai pensé “c’est ici, c’est maintenant que tout s’arrête”."

    C'est exactement ce que j'ai ressenti quand j'ai repêché le petit corps froid et inerte de ma fille dans l'eau miroir de la piscine, il y a quelques années. Cette impression que ma vie s'arrête là, qu'il n'y aura jamais d'après, que tout est fini. C'est exactement ce que tu décris.
    Et puis, il a eu cet inconnu qui a dit "non", qui l'a prise et l'a ramenée à nous. Elle vit sa seconde vie, et mon coeur charie du plomb fondu à chaque fois que j'y pense...

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  22. Je viens de vivre quelque chose de similaire avec mon grand. Tout ce que tu décris, je l'ai pensé. Un cauchemar éveillé. Rien ne me fait plus peur que cette éventualité de perdre un de mes enfants. Et le grand est sage... je crains fort avev le petit dernier!

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  23. Ok bon je pleure là... C'est bon mini moi est dans son lit... Elle n'a pas 10mois, ne marche pas, risques réduits et pourtant je m'imagine vivre cette immense panique qui vous retourne les tripes... Je vais bien dormir... Ou pas..

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  24. Comme je te comprends !! Ma grande a disparu deux fois l'été dernier (dont une fois sous la responsabilité de personnes de ma famille, qui ont été grandement négligentes ...), quelle sourde et profonde angoisse !! Depuis, nous sommes ceux qui nous inquiétons plus vite et plus fort lorsque l'une de nos filles sort de notre champ de vision, pour d'autres cela peut paraitre disproportionné, pour elles, c'est peut-être pesant, mais pour nous c'est vital et nous ne saurions plus faire autrement ...

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  25. La hantise de tout parent, qui est toujours là comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Je ne peux qu'imaginer l'angoisse inexprimable. Heureusement que ce n'était qu'une frayeur, donc, mais c'est clair que ça marque...

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  26. Cà nous est toutes arrivées! Quand je perds les enfants de vue au parc, je me force à compter jusqu'à 40 avant de commencer à courir, à crier et à paniquer. Je respire à fond, je cherche des yeux en me déplaçant aussi calmement que possible et je compte dans ma tête. Je ne veux même pas penser à ce qui se passe après 40 secondes.

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  27. Ton texte fait écho à cette angoisse qui me serre le bide depuis quinze jours. Quinze jours depuis le début de "l'affaire Maelys" comme disent les journaux. 15 jours que je me suis pris dans la tronche que ça peut arriver, vraiment.

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  28. Hier, j'ai cru que ma fille d'un an et demi allait passer sous une voiture. Elle m'a vu de l'autre cote de la route, et s'est précipitée vers moi, avec un grand sourire. Papa l'a rattrapée à la dernière seconde. La voiture est passée en trombe...
    La montée d’adrénaline, l'envie de pleurer tellement la tension est grande. Il faut plusieurs heures pour redescendre.
    On se dit que c'est un rappel : il faut être plus vigilant, insister plus sur les dangers de la route... pourtant on a l'impression de déjà faire tout ça. On est passé à 1 seconde de l'horreur, certains n'ont pas eu cette chance.
    Merci pour ton texte, qui met des mots sur cette peur universelle.

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