5 oct. 2015

Toute seule (je ne sais pas)

Ce soir on a lu ce merveilleux livre, Toute seule (je ne sais pas) de Grégoire Solotareff.




C'est Nano qui l'a emprunté à la BCD de l'école.
C'est marrant, le lundi midi, on se retrouve tous avec un enfant qui sort comme une flèche de la classe et qui nous tend fièrement le livre qu'il a emprunté. Parfois on rigole avec les autres mamans, parce qu'il y a le fameux "Je veux une Petite Soeur" de Tony Ross alors on réplique "AH BIN NON".
Parce qu'il y en a toujours un qui ramène un livre qu'il a déjà à la maison (Nano, spécialiste du genre également).
Et parce que bien souvent, on se retrouve un peu dans le livre qu'emprunte son enfant.

Ce soir nous nous sommes donc installées toutes les trois sur le canapé, un plaid sur les épaules, enfin deux plaids parce qu'il y a des guerres de possession quand il s'agit de couverture en polaire-douce.
Les garçons font un costume de robot pour Halloween dans leur chambre, je visualise déjà les millions de petits morceaux de carton découpés à la machette qu'il faudra ramasser en pestant mais pour le moment ils rient et gloussent tous les deux, apprécions l'instant à sa juste valeur.

Nous sommes donc toutes les trois et Nano veut tourner les pages parce que c'est tout de même "MON livre à MOUA de la BIBIOTEK". Micro me regarde d'un air de dire "Laisse va, c'est la petite". On se comprend avec Micro, on sait que celle qui gueule le plus fort a souvent gain de cause. Pas vraiment grave.

Et je lis.
J'aime bien lire quand j'ai le temps.
J'aime bien faire les voix, j'aime bien mettre le ton.
Je ne le fais pas toujours, je n'ai pas toujours l'énergie ni l'envie et eux non plus.

Mais ce soir j'avais le temps, il était 19h50 alors j'ai dit "ok, on lit le livre et ensuite les dents et aux plumes. "
Ce livre je l'avais vu, probablement feuilleté comme toute bonne instit' qui se respecte. Et puis ce soir, je l'ai découvert avec elles.

Il est très simple, comme bien souvent les livres les plus justes le sont.

Une petite fille Lapin (notez qu'on ne dit pas Lapine pour éviter le rire gras du parent) se retrouve seule face à un ciel devenu menaçant et trouve la vie bien effrayante, seule. Elle se demande alors s'il faut rester seul dans la vie. Si on est seul? Si la vie, c'est d'être seule?

Evidemment, ses parents trouvent que non, personne n'est jamais assez seul. Le papa voudrait être seul pour travailler et se concentrer, mais il entend ses enfants. La maman n'est jamais seule voyons, elle a ses enfants.

Mais ça ne suffit pas.
Elle veut savoir. Pour elle. Elle veut comprendre.
Est ce qu'on est seul dans la vie oui ou non?
Est ce qu'il y aura toujours quelqu'un pour nous protéger?

Alors elle avance.
Elle rencontre un ours.
Elle lui demande s'il veut bien l'accompagner.
Et l'ours répond "C'est comme tu veux".

Parce que c'est bien là la réponse.
C'est comme tu veux.

D'être seule. De choisir.
Tu peux faire ta route seule. Tu peux la faire avec d'autres.
On ne parle pas ici d'amour, d'amitié ou de sentiment en particulier.
On parle à l'enfant de la solitude.
D'en avoir peur, de la fuir, de la craindre et de finir par trouver en soi ou dans certains objets rassurants de quoi l'affronter.

Ce texte me parle, beaucoup. Parce que comme tous les enfants et malgré ma fratrie, j'ai eu longtemps le sentiment d'être seule. De ne pas comprendre et de ne pas être comprise.
J'en ai souffert.  Le sentiment de ne pas être en sécurité. D'être à la merci de tout ce qui pouvait arriver. De me glisser sous un lit, pour être mieux cachée. De ne pas savoir à qui confier. De ne pas savoir sur qui compter.

Ce texte me parle, beaucoup, parce que je peine à dire à mes enfants que la solitude je l'apprécie après plusieurs années de travail, d'écriture et de regard bienveillant. Après eux, aussi, comme soupape silencieuse après avoir été là, présente, mère.
La solitude ne me fiche plus la frousse depuis que j'ai lu qu'on pouvait allumer la lumière et aller voir ce qui faisait du bruit plutôt que de mourir de peur sous sa couette. C'est effrayant mais on peut aller voir ce que c'est, la vie.

Tu peux choisir d'être seule.
Tu peux décider de ne pas l'être.
Dire à ses enfants que la lumière est en eux, ce n'est pas une mince affaire.
Leur expliquer que oui, on peut trouver pas mal de force en soi mais que oui, il y en a beaucoup chez les autres aussi.
Trouver le juste milieu entre ce qui les fera avancer, ce qui risque de les effrayer.

Elles n'ont pas tout compris à ce livre.
C'est normal, les livres d'enfants sont surtout fait pour les parents.
C'est dans ma voix qu'ils l'entendent, c'est dans les mots prononcés qu'ils le sentent.

Je voulais partager ce moment avec vous ce soir, parce que ce livre tombait à pic.
J'ai bientôt 34 ans et plus les années passent et moins je m'interroge désormais sur ma dépendance aux autres, sur ma dépendance au monde, sur mon besoin d'être rassurée, d'être réconfortée. Je me débrouille. Je n'ai plus peur (enfin plus pour moi désormais). Peut-être que j'ai juste transféré ma peur pour moi en une peur pour eux, probablement qu'il y a de ça.
Pas que je me renferme, pas que je devienne dure et insensible (je pleure toujours devant baby boom) mais parce que je sais que j'ai de quoi tenir le coup en moi. Et que j'essaie de donner aux enfants cette force-là.  C'est une de mes grandes fiertés que de réussir à être seule, croyez-moi.

Ce petit livre m'aura permis de le dire, de leur dire et c'est à ça que ça sert les histoires du soir.
A dire des mots auxquels on ne pensait même pas.

25 commentaires:

  1. C'est vrai qu'on voit souvent plusieurs niveaux de lecture dans les livres "pour enfants", et c'est d'ailleurs pour ça qu'on se plaît à leur lire ce genre d'oeuvre, je pense.
    Bravo à toi pour ce chemin parcouru, j'espère pouvoir transcender le mien un jour.
    Un bisou sur la joue gauche.

    RépondreSupprimer
  2. C'est vrai qu'on voit souvent plusieurs niveaux de lecture dans les livres "pour enfants", et c'est d'ailleurs pour ça qu'on se plaît à leur lire ce genre d'oeuvre, je pense.
    Bravo à toi pour ce chemin parcouru, j'espère pouvoir transcender le mien un jour.
    Un bisou sur la joue gauche.

    RépondreSupprimer
  3. Encore une fois MERCI!
    Merci car ses mots raisonnent en moi ce soir aussi!

    RépondreSupprimer
  4. Marie,
    Comment fais-tu pour que tes mots en plus d'être toujours très justes, tombent toujours au moment où c'est exactement ce que j'ai besoin de lire... Je ne vois que deux choses à te dire MERCI et...continue ;-)

    RépondreSupprimer
  5. Un livre qui a l'air très beau, dont vous parlez avec des mots très vrais. Merci !

    RépondreSupprimer
  6. Ahh la solitude. Celle dont on rêve parfois, en tant que maman, celle dont on a besoin pour ne pas exploser... Et qu'on a rarement, il faut être honnête.
    Celle qui bien sûr effraie les enfants et les font débarquer dans le 2e lit de la chambre parentale sans bruit, avec leur oreiller sous le bras... ;)
    Merci pour la référence du livre, je garde sous le coude :)
    Des gros bisous, continue ton chemin et qu'il soit encore plus beau et plus riche :)

    RépondreSupprimer
  7. Merci Marie pour trouver toujours les mots justes, qu ils me fassent rire ou qu ils soient chargés d émotion c est toujours un plaisir de te lire. Bisous
    Celine F

    RépondreSupprimer
  8. C'est un joli thème à aborder. Un de ceux qu'on aborde facilement, sans livre, à la maison, mais avec ça serait sûrement plus parlant pour eux.

    Banane

    RépondreSupprimer
  9. nous avions adoré ce livre à la maison et je partage bien cette idée selon laquelle les livres pour enfant sont aussi et parfois surtout pour les enfants ... (si tu es intéressée j'ai répertorié sur mon blog sur le chapitre histoire du soir des histoires vraiment très chouettes pour les 7-5 ans, toutes empruntée à la médiathèque du coin).

    Quel plaisir de venir ici en sous marin la plupart du temps et lire ta tournure, tes billets dans lesquels on se retrouve si bien, grâce à des mots justes. Merci pour ça !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. enfin, je voulais dire "surtout pour les parents" ... my God ! heureusement je repasse 10 jours après pour me relire ... (non je ne sais pas compter non plus)

      Supprimer
  10. Tu m'as fait pleurer c'est malin ;P bisous et merci pour ces mots doux qui viennent à ma rencontre comme pour répondre à mes questions du moment... merci encore pour ta dédicace comme je sais plus si je t'ai effectivement dit que j'avais bien reçu ton paquet... très émue je suis. xxx Sophie / Skye49

    RépondreSupprimer
  11. C'est un sujet très difficile à aborder, surtout quand un enfant commence à comprendre qu'un jour, le plus tard possible, ses parents décèderont et qu'ils ne peuvent donc pas du tout lui jurer qu'ils seront "toujours là pour lui" et qu'il n'affrontera jamais la solitude. J'aime bien ce livre en particulier, même si quand je le lis je prends soin d'ajouter qu'il ne faudrait pas forcément partir avec "un ours qu'on ne connaît pas juste parce qu'il a l'air gentil et parce qu'on se sent toute seule" dans la vraie vie... :-D

    Je leur dit aussi que la solitude fait parfois peur aux adultes aussi... et, comme toi, que d'autres fois on peut avoir envie de solitude pour un petit moment !

    C'est très vrai que les livres "pour enfants" sont au moins autant "pour parents"... celui-là m'a "parlé" notamment parce que j'ai vécu une expatriation de plusieurs années, très loin de ma famille et de mes amis, à une époque où Skype et les e-mails n'existaient pas, où le courrier postal mettait longtemps à arriver et où les conversations téléphoniques étaient hors de prix !

    RépondreSupprimer
  12. Oh la la, je chiale...
    La mienne a emprunté un livre à la biblio aussi, tout mignon d'après la couverture mais quand j'ai commencé à le lire, il s'agissait en fait des mots (très très simples) d'une mère pour son enfant "au cas où il se trouverait seul un jour", genre "si on venait à décéder" (tu serais triste mais tu remonterais la pente car plein de gens sont là pour t'aimer).
    Heureusement que je l'ai feuilleté seule avant car je n'ai tout simplement pas pu lui lire. Blocage to-tal. Je l'ai planqué au fond du sac à poussette et je l'ai rendu à la première occasion...

    RépondreSupprimer
  13. Waouh. C'est très bien.
    Comme je me retrouve. Tellement que je ne sais pas trop quoi dire. Seulement que je vais foncer trouver ce livre !

    RépondreSupprimer
  14. Ah, ce moment où je l'aperçois qui trottine vers moi son livre sous le bras, pressé de partager sa trouvaille. Ces livres qu'il apporte disent tant de ses préoccupations, de ses questions. Je sens qu'il a compris que je ne serai pas toujours là pour lui, alors, ensemble, on lit et on grandit.

    RépondreSupprimer
  15. En lisant ton texte, je repense à ces moments si doux de leur enfance. J'ai adoré vraiment leur lire des livres, tous les soirs, les choisir, les laisser choisir, en relire certains 10 fois, ceux qui me parlaient à moi, ceux qui leur parlaient à eux ... et ce temps est fini. Hier soir, j'en ai pris conscience en allant prendre ma douche à 20h30... pendant qu'ils lisaient eux, seuls, tous les 3 collés sur le grand lit des parents, chacun avec sa lecture mais ensemble. Et moi de l'autre côté, un poil nostalgique, mais maintenant j'ai le temps de me faire un masque pendant la douche :-) alors je me dis que c'est aussi bien, que j'ai bien fait mon boulot, qu'ils aiment lire, qu'ils sont grands..... mon dernier a 8 ans.... alors ton texte aujourd'hui me parle forcément !!! bonne soirée à toutes les mamans qui lisent, et aux autres :-)

    RépondreSupprimer
  16. Dieu que j'aime lui lire ses 2/3/4 histoires le soir, avec la petite lumière allumée, collés l'un à l'autre dans le fauteuil Poang Ikea (mais on devient serrés) ou allongés sur son lit... et lui embrasser la joue toutes les 3 phrases... et répéter certaines phrases du livre qui me parlent plus que d'autres.... Comme dans Grand Loup et Petit Loup (tu connais je parie): "Pour la première fois, il se disait qu'un petit, même tout petit, ça prenait de la place dans le cœur. Beaucoup, beaucoup de place."

    RépondreSupprimer
  17. Bonjour! J'aime beaucoup cette phrase, "les livres d'enfants sont surtout fait pour les parents". Je suis une toute jeune maman de 7 mois, on ne lit pas encore d'histoire, mais je m'interrogeais justement sur l'attitude à avoir lorsqu'on lit ce genre de livre, très symbolique. Faut-il en discuter avec l'enfant après? Ou plutôt, juste le laisser profiter de l'histoire, et nous, parents, réfléchir de notre côté.
    En tout cas, j'ai eu un petit moment de nostalgie en voyant l'image. Le fameux lapin de l'école des loisirs... Pas sûre d'avoir lu ce livre-là, mais en tout cas, ce lapin je le connais!

    RépondreSupprimer
  18. Non, justement, ces livres sont faits pour ne pas avoir à discuter... ou pour provoquer la discussion, si on en a envie. A faire confiance, et à laisser venir. A envoyer des messages, sans être balourd.
    Ca sert à dire l'indicible, les histoires.
    Et à 7 mois, bien sûr qu'on peut lire des histoires. Plein, plein, plein... Des tout petits trucs, comme "ça va mieux" ou comme "mon coquelicot"... donnent lieu à des moments magiques...

    RépondreSupprimer
  19. Je suis d'accord Marie, on peut aussi leur montrer que la solitude est quelque chose de merveilleux. Qu'être capable d'être seul rend fort et n'enlève pas les bonheurs ou les joies. Qu'il y a des instants magiques quand on est seul. (et je ne parle pas seulement du bonheur de prendre un bain-sans-que-la-porte-s'ouvre-pour-vérifier-ta-présence-ou-que-quelqu'un-décide-de-venir-faire-caca-juste-à-ce-moment-là quand – enfin – ils passent le week-end chez leur père).
    Depuis que leur père est parti, je suis devenue incapable de faire les choses autrement que seule.
    Vacances seules, concerts seule aussi.
    Ne plus rien attendre de personne est devenu un vrai credo, un vrai mode de vie. J'aimerais qu'ils trouvent cette force en eux. Leur peur d'être seul, leur peur de l'abandon me fait mal. J'aimerais tant moi aussi, qu'ils comprennent qu'on a le droit d'être seul, de le choisir, et que ça peut être bon.
    Mais ce qui est vrai aussi, ce qui est peut être injuste, c'est que face à leur terreur d'être seul, de devenir seul, d'être abandonnés une seconde fois… moi j'ai une certitude. Maintenant qu'ils sont là, je ne serai plus jamais seule.
    Hélène
    PS : dans le même genre, peur d'être seul ou différent, « un chat est un chat » tire les larmes à mon grand précoce, souvent mis à l'écart.

    RépondreSupprimer
  20. ah mince, ceci était une réponse à isa. Raté. Désolée.

    RépondreSupprimer
  21. pour Marie, hip hip hip... hourra! ;)
    <3

    RépondreSupprimer
  22. Super livre, j'adore Grégoire Solotareff! Et très joli article, merci <3

    RépondreSupprimer
  23. Bonjour !
    Cette histoire m’a émue. Merci de l’avoir partagée sur ton blog. Je ne l’aurais jamais découvert sans toi. Par ailleurs, comme tu as mentionné que tu aimes bien personnaliser des récits, je te conseille de jeter un œil à l’application enfants https://itunes.apple.com/fr/app/badabim-dessins-animes-coloriage/id896181207?l=fr&ls=1&mt=8 . Ce soft contient un outil qui te permet d’enregistrer ta voix lorsque tu contes une histoire. Ton loupiot aura ensuite la possibilité de réécouter l’enregistrement à volonté. À bientôt.

    RépondreSupprimer
  24. Je pleure aussi devant Baby-Boom ! Merci pour ça !

    RépondreSupprimer

Pour laisser un commentaire sans identifiant, il suffit de sélectionner Anonyme ou Nom/URL.
Et si tu es une buse, bah, envoie un mail, je t'expliquerai ça un peu mieux...

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...