As
fait caca je le sens d’ici mais tu me maintiens que « Non, non » avec
ta petite mèche qui te retombe sur les yeux.
Es
assise par terre au milieu de tes frères qui jouent aux monstres qui se tuent en hurlant et tu t’efforces de remplir une petite boîte en plastique avec des jetons de
caddie, bien consciencieusement comme s’ils n’existaient pas.
Leur lance un regard parfois, ou un cri. Et tu rigoles.
As
enfilé une basket d’été taille 29 au pied droit et une botte d’hiver taille 30
au pied gauche. Et tu dis que c’est « à toi ». Bien sur.
Vas
bientôt te relever et chercher ton fauteuil Kitty, cadal de Mamie Chéwie et t’y
installer avec un bouquin en me demandant de venir lire près de toi.
Viendras
peut être ensuite me voir et serrer très fort tes petits bras autour de mon cou
en disant « Bisou » et puis en desserrant un peu et en resserrant de
plus belle en disant « et câlins »
Chercheras
ensuite comment embêter tes frères, en réclamant une voiture ou en houspillant
le conducteur de TON poney en bois.
Râleras parce que tu ne veux pas aller au bain et puis
finalement si, parce que tu veux être la première. Tu me diras « NON, moi
seule » et tu prendras dix minutes à te déshabiller sur le tapis de bain
avant de venir me voir, toute menue, toute nue, en disant « Voilà Maman ».
Me tendras les bras pour que je te plonge dans le bain
et tu diras « Hou, c’est chaud ! »
Voudras
la voiture, les pingouins et aussi la cuillère, là. Et le ballon Kitty « à
moi » et tu voudras aussi que je te mette un peu d’eau froide dans un
gobelet pour boire un peu.
Raconteras
mille et une choses que je ne comprends pas encore, et je me dirai que le temps
a filé.
Tendras
ta petite main pour le savon et tu nommeras chaque partie de ton corps en n’omettant
pas de me rappeler que « pas de zizi moi ».
Plongeras
pour te rincer et te renverseras une bouteille sur la tête en riant avant de
tendre tes bras pour sortir. Et puis non, diras-tu en reposant tes fesses sur
le tapis de bain.
Voudras
finalement sortir ou bien rester encore un peu, selon que la compagnie d’un de
tes frères, venu jouer près de toi dans le bain, te dérange ou non.
Réclameras
un des peignoirs des garçons pour te pavaner dans la maison.
Insisteras
pour enfiler seule ton pyjama après que j’ai bataillé pour te mettre une
couche. Tu râleras comme un putois, assise sur le sol de la chambre et puis tu
finiras par demander « Maman t’es où…T’aide ?? »
Viendras
ensuite t’installer à table, même s’il n’est pas l’heure, en réclamant de la
saucisse.
Voudras
probablement une chips. Surtout si ton papa en grignote une ou deux en tentant
d’être discret.
Mangeras
un peu, mais pas trop, en demandant à ce que l’un de tes frères te donne à
manger. Pas papa. Pas maman. Non.
Voudras
de la mayo. Avec tout.
Feras
semblant d’avaler tout rond, en disant « tout rond ». ça me fera
enrager et je te dirais de ne pas faire semblant, « parce que le jour où
tu avaleras mal, personne ne te croiras ». Tu lanceras un regard complice
aux deux andouilles hilares et tu rigoleras, fière de ta blague.
Exigeras
le même yaourt qu'eux.
Et le même dessert qu'eux.
Et
puis « c’est tout » et on lave « mémains ».
Voudras
lire, encore et encore. Et puis toi seule, me lire un livre. Et puis eux, te
lire un livre.
Chahuteras,
feras la course et la bagarre, te jetteras sur tes frères au risque de te
cogner la tête au sol. Ce qui finira par arriver mais au lieu de pleurer, tu riras
en me regardant, l’air de me dire « qu’on rigole trop maman ».
Râleras
au moment du coucher. Voudras te brosser les dents.
Exigeras un bisou et un
câlin de tes frères et de ton père.
Souhaiteras
que tes bébés soient au lit avec toi. Et ta lumière. Et ta couverture de Mamie Lulu. Et
ton biberon d’eau. Et un livre. On ne sait jamais.
Et
tu écouteras la chanson, dans mes bras, en me montrant la lune et les étoiles
phosphorescentes du plafond. Et en me serrant fort. Et en tentant de mettre ta
tétine dans ma bouche.
Avant de dire "nuit".
Tu
as deux ans aujourd’hui.
Deux
ans et des rires
Deux
ans et des différences
Deux
ans et tout ce que tu nous apporte
Deux
ans et parfois des crises, des ras le bol et des « putain elle va dormir ? ».
Deux ans et des dents, des nuits blanches et des yeux de hibou.
Des mots, des boucles blondes, et des « bin oui ».
Tes cinq bébés qui dorment avec toi.
Tes livres que tu bouquines sans cesse.
Ta petite voix qui répète la comptine numérique sous les ordres de ton frère.
Ton
sourire triomphant vers 23h30 quand tu obtiens une petite place dans le lit de
papa-maman-pour-cinq-minutes-oui-oui.
Toi,
toute petite, qui tourne sur toi-même dès que la musique commence.
Toi,
si petite, qui demande « la chanson douce » et puis non, finalement « au
feu les pompiers».
Toi,
ma grande qui est tellement ce que j’imaginais et tellement différente.
Toi,
ma fille, deux ans et tout à devenir.
Peu
importe quoi, peu importe qui d’ailleurs
Je crois que je n’ai jamais fait des enfants pour cela.
Tu
Es
Telle
Je
ne peux pas dire plus
Pas
un petit moi
Pas
un autre moi
Tellement
toi
Deux
ans.
Je
sais que tu n’as jamais demandé à être là.
Mais merci.