Ce texte, j'ai essayé mille fois de l'écrire mais il ne sonnait jamais bien.
On voudrait que ça soit mémorable, on voudrait que ça soit à la hauteur des choses.
Ça ne sera jamais assez bien écrit pour réussir à dire vraiment.
Tant pis, je me lance, sans respirer, en apnée, d'un coup d'un seul, comme le sparadrap du coude du nain, qu'il faut "enlever très vite maman parce que sinon on sent que ça fait mal".
Il faudra s'y faire.
Aux regards et aux "c'était voulu?". A ceux qui s'étonnent, qui se réjouissent ou qui semblent atterrés.
Au ventre qui s'arrondit à nouveau et au corps qui n'avait pas vraiment oublié.
A cette petite pensée qui dit "cette fois, c'est vraiment la dernière".
Il faudra s'y faire.
Aux petites affaires qu'on redescendra bientôt du grenier.
Aux dernières échographies qu'on verra.
Aux petites mains qui veulent sentir le bébé et "quand est-ce qu'il sort?" et aux "quoi? après Papa Noël, c'est super long ça...".
A la fatigue, parce qu'il y en a déjà trois qui comptent.
Aux petits pieds qui tapent, à ce petit corps qui bouge, à ce que l'on ressent, encore magique, tellement magique, même après trois.
Aux prises de sang, au saumon cru et à la salade que l'on relave.
Aux envies de glaçons.
Aux envies de retenir le temps en sachant déjà qu'il va passer trop vite.
A partir de combien se sent-on au complet?
A partir de combien arrive t-on à se dire: "j'arrête"?
Je ne sais pas.
Il paraît qu'il faut deux ans pour faire le deuil d'un dernier enfant que l'on aura pas.
Je n'ai pas eu le courage d'attendre. Ça sera pour plus tard.
Il y a en moi un dernier.
Il y a en moi ce qui fera de nous une famille obligée de changer de voiture, d'organisation et de carte de famille nombreuse.
Il faudra s'y faire.
Dire, "j'ai quatre enfants".
Et puis, ensuite, tourner la page.
Se sentir enfin au complet.





