Je l’ai rencontré il y a maintenant plus de quinze ans (ça ne nous rajeunit pas ça, ma bonne dame), par le biais d’un livre. Du livre. Celui qui résonne encore en moi aujourd’hui.
Le livre en question était bien rangé dans la section “Adolescent” (niais et boutonneux) de la Médiathèque de Metz. Entre un Susie Morgenstern et un Judy Blume, dégoulinants de mièvreries et d’histoires de premières règles et de premiers baisers, j’ai découvert celui qui allait me donner envie d’écrire.
“Un marronnier sous les étoiles”, ça s’appellait. Collection souris rose.
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| cette collection, ça envoyait du bois... |
Aujourd’hui, à bientôt trente ans, il est encore près de moi.
Une histoire de deuil, une histoire de larmes qu’on garde, une histoire de rencontre et de foi, de simplicité et de confiance. Ce livre, encore aujourd’hui, je ne peux pas le lire sans pleurer. Sans avoir la gorge qui se serre.
Ma deuxième rencontre avec Thierry Lenain a eu lieu à l’IUFM (tu sais ce lieu qui n’existe plus où on formait les feignasses d’instit’ comme moi...).
Cours de français sur la littérature de jeunesse et deux montagnes de bouquins.
On doit choisir: Ponti ou Lenain.
Tout le monde ou presque prend Ponti. Moi, Ponti, j’aime pas (bin oui, je sais, j’aime pas et puis c’est tout).
Je prends donc le groupe Lenain (oui, déjà à l’époque, j’aime le concept).
On se partage les livres. Evidemment, je prends le marronnier sous les étoiles. Et puis l'amour hérisson, et puis la fille du canal.
Et là, je ne fais rien qu’à lire, lire et lire encore. A sourire et à retenir mes larmes en même temps.
Un auteur comme ça, on ne l’oublie plus. On commande ses livres, quasiment tous. On les lit à ses élèves. On les garde. Et quand soi même on commence à écrire, on veut lui dire.
Pour remercier.
Alors voilà, cette interview pipole, je tenais à la faire pour ces raisons. Pour dire merci à M.Lenain de toujours mettre les mots justes sur ces choses parfois difficiles à dire. Merci car les enfants comprennent. Et disent. Et partagent.
Je voulais donc aussi te faire connaître Thierry Lenain parce qu’à mon sens, la vraie littérature de jeunesse, c’est ça (qui a dit “au feu Tchoupi”??)
Les bouquins de Thierry Lenain, c’est un peu éduquer son nain. Lui parler des autres, de la guerre et de la misère, du sexisme, du divorce et du racisme. Mais pas que.
Et toujours poétiquement, toujours avec douceur, sans jamais brusquer l’enfant. Toujours en l’accompagnant. Pour moi, lire un de ces livres, c’est donner envie au nain de voir un peu plus loin que le bout de son nez (crotté).
Voilà, les présentations sont faites de mon côté, je laisse le soin à notre invité de faire de meme en répondant à mes subtiles (et pertinentes) questions.
Moi même: Bonjour, donc et encore merci de venir un moment chez moi.
Thierry Lenain, j’ai dressé un portrait de vous très orienté (puisque je suis une addict) mais pourriez vous vous présenter (sans en faire trop comme moi) à mes lecteurs?
Thierry Lenain : J’ai trois enfants, de 25, 23 et 13 ans. Et j’ai aussi écrit quelques livres. Tout ça depuis l’âge de 27 ans et j’en ai aujourd’hui 53.
Moi même: Vous avez écrit pas mal de romans et énormément d’albums, tous illustrés par différentes personnes. Est ce vous qui choisissez l’illustrateur en fonction du ton que vous voulez donner au texte?
Thierry Lenain : Je choisis en général mes illustrateurs comme ils veulent bien ensuite me choisir... Pour des résonances de sensibilité, de points de vue, de couleurs, de colère... en gros des résonances de coeur et de pensée.

Moi même: Vous l’aurez compris, j’ai un faible pour “Un marronnier sous les étoiles”. Et vous? De quel bouquin êtes vous le plus fier?
Thierry Lenain : chronologiquement, du Marronnier sous les étoiles, de L’Amour hérisson (qui va ressortir fin avril illustré par Barroux), de la Fille du canal et de Lali l’orpheline (que vous pouvez découvrir en ligne ici, avant d’aller l’acheter ;-) http://www.calameo.com/read/000416779705aa42b1d2a )
Moi même: Et chez les autres auteurs, un coup de coeur?
Thierry Lenain : Beaucoup. Un Rascal par exemple. Ou un Claude K. Dubois. Voire un Rascal illustré par Claude K. Dubois. Cassandre, par exemple.
Moi même: Devenir papa, c’est quelque chose qui a compté dans le processus d’écriture? Si oui, en quoi? (à part avoir carrément moins de temps pour écrire)
Thierry Lenain : Il faut vraiment être une femme qui a enfanté, ne pas être en manque de ça, pour se demander si le fait de devenir papa joue ou pas dans le processus d’écriture. Je vous le confirme : devenir papa, c’est à dire ne pas être celui qui porte, a compté. Autrement, écrire a été une autre façon de continuer d’accomplir l’accompagnement parental que j’ai commencé bien avant de devenir parent. Moi même: Vous qui étiez enseignant (cher collègue), seriez vous prêt à retourner devant une classe?
Thierry Lenain : Cela me tente, parfois. C’est un métier magnifique. Il faudrait juste raser l’école pour pouvoir la reconstruire de manière à y retravailler ensuite, enseignants et élèves, de façon intéressante, joyeuse et enrichissante.
Moi même: Vous allez souvent à la rencontre des élèves, c’est quelque chose qui vous tient à coeur?
Thierry Lenain : j’aime travailler avec les illustrateurs, les médiateurs, les lecteurs. Réfléchir ensemble. Échanger ensemble nos pensées, nos émotions, nos rêves. Construire ensemble de l’intelligence de coeur et de matière grise qui avance... De cette façon là, oui, les rencontres m’intéressent.
Moi même: Je vais certainement oublier des choses (mais vous allez les ajouter, merci c’est gentil) mais selon moi (et mon flair journalistique digne de Voici), vous:
- écrivez des chouettes bouquins
- alimentez votre blog, à découvrir ici)
- vous engagez sans compter dans la lutte contre les expulsions de sans- papiers
- vous dirigez le magazine Citrouille (spécialisé en littérature de jeunesse) édité par l'association des Librairies spécialisées pour la jeunesse, dites " librairies Sorcières” .
- vous prenez le temps de répondre à un questionnaire chez moi...
Ma question est simple: comment faites vous? (dixit une maman débordée par deux sacs de linge sale et trois nains).
Thierry Lenain : je travaille de manière morcelée, sur plusieurs trucs à la fois, et parfois la nuit aussi. Je réponds parfois au téléphone le combiné coincé sur l’épaule, en train de trier le linge.
Moi même: Vous écrivez majoritairement sur des sujets graves, ou au moins des sujets qui nécessitent d’être abordés avec des enfants. Comment fait on pour écrire sur ces sujets? Comme garder une certaine pudeur (je pense à l’inceste abordé dans “La fille du canal”).?
Thierry Lenain : un lecteur enfant, forcément, ça se respecte. Ce n’est pas comme un lecteur adulte. Alors ça suppose un minimum de pudeur. Voilà peut-être pourquoi...
Moi même: Dans un de vos derniers livres “La dernière année”, vous racontez comment et pourquoi le Père Noël a décidé d’arrêter de distribuer des cadeaux aux enfants devant l’injustice de notre monde. Cette fable un peu dure (avouons le) met l’enfant face à la réalité (en l’y incluant) tout en conservant une part de magie.
Cette façon d’amener les choses en douceur mais de manière vraie, sans détour ni raccourci, c’est essentiel pour vous?
Thierry Lenain: Un enfant, lecteur ou pas, ça se respecte. On lui doit donc la vérité, et le partage de ce que l’on sait. Mais c’est un partage à opérer avec pudeur et précaution. Pour ne pas empêcher l’enfant, ensuite, d’éventuellement savoir davantage que nous, et de découvrir, peut-être même, que nous nous trompions. Quant à La dernière année, pouvez découvrir en ligne ici, avant d’aller l’acheter ;-) http://www.calameo.com/read/000416779956c93addd78
Moi même: Qu’est ce qui vous inspire? Sur quoi ne pourriez vous jamais écrire?
Thierry Lenain: Rien ne m’inspire. Je parle de ce dont j’ai envie, de ce que je pense important. Et j’évite, si je pense que je ne maîtriserai pas l’expression de ce que je veux en dire
Moi même: Je peux terminer sur des questions orientées nains?
Thierry Lenain: Ben vu mon nom....
Moi même: De quoi êtes vous le plus fier en tant que papa?
Thierry Lenain: De la liberté, la force et l’humanité qui animent mes trois enfants.
Moi même: Quel moment de la petite enfance souhaiteriez vous revivre? Lequel ne regrettez vous pas? (qui a dit les nuits??)
Thierry Lenain: Je ne souhaite revivre aucun moment, car rien que souhaiter cela serait s’opposer au mouvement de vie qui emmène mes enfants vers l’avant. Et j’aime avant tout les voir grandir. Mais j’ai plein de souvenirs merveilleux du bonheur qui nous inonde face à nos enfants en bas âge. Ce sentiment d’éternité qu’ils nous offrent.
Moi même: Sur quel(s) principe(s) êtes vous revenu en tant que parent?
Thierry Lenain: Pas beaucoup :-) Mais j’avais beaucoup réfléchi avant... Et puis ce n’est pas à moi à revenir sur mes principes, mais à mes enfants !
Moi même: Voilà, ainsi se termine cette petite interview, merci encore d’avoir joué le jeu et d’être venu jusqu’à ce blog, petite bulle de rire que je m’efforce de rendre vraie, à ma manière.
Merci encore et à très bientôt.
Thierry Lenain: sur votre blog, sans doute, puisqu’on s’y régale.













