Cet article ne parlera pas de nains, ne parlera pas de matos pour nain, ne proposera pas de chouette cadal.
Cet article, j’ai hésité avant de l’écrire, parce qu’il n’est pas glop, parce qu’il est même carrément triste et totalement hors sujet.
Mais c’est mon blog, c’est mon cœur qui s’est tordu et c’est ma tête qui ne cesse, depuis, de cogiter.
alors je vous le livre, comme ça, probablement que ça ira mieux ensuite, l’écriture, c’est à ça que ça me sert, en règle générale.
Cet après midi, mon cher et tendre Mâle a fait son Georges et m’a pris les nains pour me laisser aller shopper SEULE en ville. Oui, seule. Crois-moi, j’étais heureuse en partant tranquille dans mon Kangou rouge, ma musique à MOI à fond et ma voix débile chantant sans commentaires nainesque à l’arrière.
Je roule vers le centre ville. Pour y arriver, je franchis le pont de l’autoroute. Pour ceux qui connaissent, il s’agit de l’A31 qui, vers 16h30, est juste blindée de camions.
Je roule et je vois une jeune fille qui marche seule sur le pont. Je continue et par réflexe, je la re-regarde dans mon rétroviseur. Je la vois qui s’approche du bord. Et qui enjambe la balustrade. Je n’ai même pas réfléchi. J’ai monté ma Kangou sur le trottoir et j’ai mis mes warnings. Je suis sortie en courant et en hurlant « ne sautez pas, s’il vous plaît, ne sautez pas ! ».
J’ai attrapé la fille par le ventre. Je l’ai serrée. Je n’ai jamais tenu quelqu’un aussi fort de ma vie. J’avais les larmes aux yeux et j’essayais de lui parler.
Un homme est arrivé derrière moi et l’a attrapée aussi. Puis un second. Ouf.
Ne la lâchez pas, s’il vous plaît.
Et c’est ainsi que j’ai passé dix minutes qui m’ont semblé des heures à attendre sur ce morceau de trottoir, à tenir la main d’une jeune fille de 17 ans, irraisonnable, qui voulait mourir parce que son mec venait de la plaquer. Son ex (donc) était là, c’était le premier à arriver après moi. Elle ne voulait rien, disait que sa vie n’était rien, qu’il n’y avait rien de plus à vivre, qu’elle ne voulait plus souffrir.
Une belle fille, une jolie fille, une fille meurtrie.
Pendant dix minutes, les camions sont passés sous mes pieds, pendant dix minutes, j’ai cru qu’elle allait ressauter.
Pendant dix minutes, je ne l’ai pas lâchée.
La police est arrivée, les témoignages ont été notés. On l’a installée dans une voiture, son frère est arrivé. Je n’avais plus rien à faire là. Je me suis accroupie près d’elle et je lui ai juste dit de penser à elle, qu’il y avait des choses chouettes à vivre, et qu’elle allait bientôt le voir.
J’ai récupéré mon Kangou. J’ai démarré. Au feu rouge d’après, j’ai croisé les pompiers.
J’ai fondu en larmes.
Ce moment, il me vrille le ventre depuis que je l’ai vécu.
J’aurais voulu lui dire qu’il y avait mille choses à vivre, j’aurais voulu lui dire que putain, moi aussi j’ai eu 17 ans et moi aussi j’y ai pensé. Et qu’il ne faut pas. Parce que ça vaut le coup.
Et cette gamine, qui n’avait que dix ans de moins que moi, cette gamine qui n’avait rien vécu mais qui en avait déjà trop vu, cette gamine m'a brisé le cœur.
Je me suis trouvée là, j’ai pensé à ce que j’étais, à ce que je suis devenue, j’ai pensé à sa mère, et j’ai pensé à elle, si elle trouve la force d’avancer et de trouver.
J’aurais voulu lui dire, mais les mots ne sont pas sortis, j’aurais voulu lui dire que la lumière est en elle, que ça ne sert à rien de la chercher chez les autres.
Mais je n’ai rien dit. Je lui ai serré la main. Longtemps. J’ai vu dans ses yeux un merci lointain et une souffrance de vivre.
J’ai vu dans ses yeux la difficulté d’être soi.
Et ça m’a bouleversée.
Je tenais à partager avec vous ce moment. Parce que voilà, en un instant, c’est la claque. C’est la fragilité et l’impuissance, c’est la force de vouloir que l’autre reste en vie et c’est la trouille au ventre de le voir si mal. C’est le sentiment qu’en une seconde tout bascule, c’est la conscience de la réalité.
Parce que cette fille, c’est la fille de quelqu’un.
Je n’écris pas ces mots pour vous dire à quel point je suis fière d’avoir aidé cette jeune fille à passer ses deux jambes de l’autre côté de la rambarde. J’écris pour ne plus y penser, pour ne plus avoir les larmes qui me montent aux yeux et le ventre qui se tord.
J’écris parce que j’ai eu peur, j’écris parce qu’elle m’a fait mal.
Je prends ce qu’il y a prendre dans cet instant si tragique. L’importance des moments que je vis, la conscience de ce et de ceux qui comptent. La certitude qu’il faut chercher en soi les raisons de continuer.
La valeur d'un hasard est égale à son degré d'improbabilité. Milan Kundera