14 sept. 2011

1, 2, 3 ça change quoi : l'Amour (Opus 2)

L'amour. Je deviens bucolique, c'est trop fou ça.


En même temps, fonder une famille, faire des nains (encore et encore), c'est que de l'amour (et de l'inconscience aussi, je te l'accorde).

Et oui, souvent, ça commence comme ça...on est Nulli et on vit une jolie histoire avec son Jules, son Zhom, son mec quoi. Et de cette histoire naît Priminain.
Évidemment, ça ne se passe pas toujours comme ça. Parfois on oublie juste de prendre la pilule du Mercredi. Et on a eu beau la prendre en même temps que celle du Jeudi, c'est rapé et on a quand même un nain dans le bidon (feu bidon).

Parfois même, c'est vraiment moins glop que ça. Parfois, c'est même triste.
Mais je ne viens pas ici parler de l'amour qui unit deux êtres afin de créer un nain.
Non, je viens ici de parler de cet amour qui nous lie au sus-nommé Nain.

Cet amour que l'on dit "inné", que l'on dit "naturel" et "immédiat".
Mytho, va.



Quand on choisit de faire un enfant, on ne sait pas comment on va l'aimer. Que nenni. On imagine. On pense. On fabule. D'ailleurs, c'est bien simple, le premier on passe neuf mois à se demander comment et combien on va l'aimer.
On se l'imagine. On le vit déjà. Il existe. D'où la déchirure, d'où la blessure, d'où le chagrin de celles qui perdent leur enfant pendant une grossesse. Cet enfant, il a existé. Peu importe où. Il a été. Il a vécu. Et j'écris ces mots pour une personne qui se reconnaîtra. L'amour pour un enfant, on l'a en soi. On le lui donne. Et j'ai énormément de respect pour celles qui ont vécu la perte d'un enfant de cette manière. Voilà, c'est dit. Je n'ai pas d'autres mots. Ne laissez personne vous dire qu'il faut passer à autre chose, il fait partie de vous, une partie de votre amour sera toujours pour lui.

Et quand ce premier nain naît, l'amour imaginé...heu...comment dire...met un peu de temps à arriver.
Bien entendu qu'on l'aime, mais bon...quand même quoi...pas vraiment comme on aurait voulu.

Le premier nain c'est le résultat d'un amour adulte, c'est le toi+moi=mini nous.
Ce premier nain c'est celui qui va nous guider dans la construction de l'amour filial, c'est celui qui va nous montrer combien on peut aimer quelqu'un, au delà de tout.
Je ne sais pas comment ça arrive d'aimer à ce point, je ne pense pas qu'il y ait un déclic, je ne pense pas que ça nous tombe dessus sans crier gare.
Non.

L'amour que l'on porte à son premier enfant, il se construit.
Au début, on l'a, on le trouve chouette ce nain, et puis quand même super chiant. On ne veut pas trop le prêter et on n'aime pas que Tatie Relou (qui cocotte Trésor de Lancôme) le porte. Ni belle-maman d'ailleurs. Et puis si elle pouvait arrêter de l'appeler "Mon bébé", ça serait bien. Ce n'est pas le sien.
On n'est pas jalouse, non, mais quand même. Il ne faudrait pas que le nain pense qu'il y a mieux que nous sur Terre. Nan mais ho!

Ça ne s'explique pas mais, peu à peu, ça se fait. On le regarde, on s'émerveille, on trouve qu'il se débrouille bien pour son âge, qu'il est drôle et gentil. On projette, on imagine, on sourit et on câline.
Quand il commence à câliner aussi, à tendre les bras en éclatant de rire, quand on commence à communiquer et à parler...on est déjà foutue.
Quand on commence à oublier comment c'était sans lui...



Je ne dis pas qu'on ne les aime pas tout de suite à la naissance. En fait, je pense que cet amour est à construire. Il y a une base, un début, un commencement. Qui s'agrandit, qui s'enrichit.
Au fil des jours, au fil des moments passés ensemble. Avec les peurs de le perdre, la boule au ventre quand il commence à être indépendant, les nuits d'angoisses aux urgences et les chagrins d'enfants.

Avec les trouilles qu'on se fait, seule dans le noir, au moment de s'endormir. Et si?
Et s'il mourrait? Et s'il lui arrivait quelque chose de terrible? Et si on me l'enlevait?
Les larmes qui montent et le cœur qui se serre, le sentiment qu'on serait prête à tout pour lui. 
Le premier enfant est tout. Le premier enfant, c'est celui qui reçoit l'amour en construction, c'est celui qui porte sur ses épaules tout ce qu'on a à donner.


Et le deuxième?
Le deuxième, ah, mon deuxième.
Comme je t'aime beaucoup public, je vais te copier coller un petit texte que j'avais écrit, enceinte de quelques mois (de Moyen Nain donc). Par avance, pardonne mon style un peu niais et le fait que j'écrive à mon enfant, j'étais encore Primi en passe de devenir Multi.
Tu penses bien que Micronaine n'a pas eu sa lettre in utero, ELLE.

"Toi qui es à venir
Je ne sais pas qui tu es, je ne sais pas comment t’imaginer, déjà parce que je n’ai pas le temps, ensuite parce que j’ai peur de me tromper.
Difficile de penser qu’un autre être va pouvoir exister. Difficile de penser que tu vas être différent.
Je ne sais pas comment expliquer ce que je ressens, tu es là et tu n’es pas là, parce que je ne sais pas. Tu fais déjà partie de ma vie, comme si tu étais déjà né. Et en même temps, tu n’existes encore que dans ma tête, que dans mon corps.
Je ne sais pas qui tu vas être, qui tu vas devenir. Je ne sais pas combien je vais t’aimer, je ne sais pas comment les choses vont se passer, comment tu vas me regarder, comment tu vas être. J’ai hâte et en même temps je prends la vie comme elle vient. Tu seras bientôt là même si ce n’est pas demain, tu seras dans nos vies, tu seras avec nous. Tu n’as rien demandé et tu vas bientôt être là.
Pas évident pour moi de concevoir ce que tu vas être, c’est vrai, je me pose beaucoup de questions. L’arrivée de ton frère n’a pas été la même. Un premier enfant c’est un désir égoïste de deux personnes qui s’aiment, l’envie de faire un enfant pour concrétiser l’amour.
Toi, si nous t’avons conçu, c’est pour être une famille, pour continuer à dire à quel point la vie vaut la peine. L’enfant imaginaire nous l’avons déjà rêvé. Un deuxième ce n’est pas la même démarche. Je suis heureuse de t’attendre, je suis moins angoissée, je sais ce que c’est qu’un bébé. Je sais les couches, les pleurs et les nuits blanches, je sais les moments partagés et les premiers sourires, je sais les crises et l’organisation.
Mais toi ? Je ne te sais pas.
J’ai envie de savoir. Si tu es une fille, si tu es un garçon.
Si tu vas aimer ton frère.
Je me demande quel va être ton caractère. Dur d’imaginer un autre caractère. Dur de penser que vous allez être différents.
Et j’ai envie de voir tes yeux. J’ai envie de te tenir dans mes bras, j’ai envie de te découvrir, de te voir appréhender la vie, j’ai envie de te comprendre et de ne plus te comprendre.
J’ai le sentiment de redevenir mère, avec de nouvelles interrogations, avec un nouveau champ de possibles, avec de nouvelles découvertes.
J’ai besoin d’écrire tout ça parce que je ne sais pas le dire. Je n’arrive pas à parler de toi.
J’ai besoin de garder encore tout ça contre moi, comme si.
Parce que je veux te voir dans ma tête, t’imaginer et te créer, et en même temps te laisser être ce que tu seras.
J’ai peur, c’est vrai, j’ai peur parce qu’on ne sait jamais.
J’ai peur parce que je ne sais pas, parce qu’on ne sait jamais vraiment.
Te mettre au monde c’est une chance, te porter c’est un moment de ma vie merveilleux.
Je ne suis pas claire, je ne sais jamais dire vraiment les choses telles qu’elles sont, mais j’ai au fond de moi tant d’amour pour toi, je ne sais même plus combien.
C’est drôle de vivre ça. Merci de me le faire vivre. Parce qu’il n’y a rien de plus beau.
Parce qu’il n’y a rien de plus vivant. J’ai le sentiment d’être au cœur de ce que je suis"



Je te l'avais dit hein, tu étais prévenue :))

Bon, bref, je crois que ce petit texte exprime très bien l'état dans lequel j'étais avant d'avoir un deuxième enfant.
J'avais la trouille, certes. Mais j'avais confiance.
Parce que l'amour, je l'avais en moi. Et que je savais qu'il allait être là.

Et concrètement?
Bin, c'est tout vu, l'amour, ça se multiplie, ça ne se divise pas. Le deuxième, c'est une évidence. On l'aime, et puis c'est tout. Parce qu'on sait ce que ça donne au bout du compte, peut être. Parce qu'on apprécie de découvrir encore un autre petit rigolo.
Il est différent et il complète le premier. Certaines choses nous plaisent plus, d'autres non. On se retrouve dans l'un, et puis dans l'autre.
Avoir deux enfants c'est leur laisser être un peu ce qu'ils veulent être, sans leur demander d'être ce qu'ils ne peuvent pas être.
J'avoue, je n'ai jamais eu peur de ne pas aimer mon deuxième enfant. Et j'avais raison.
On dit souvent que la place du deuxième est difficile. Parce qu'il a moins d'attention que le premier.
Effectivement. On a beau se promettre, on a beau se jurer de faire attention au deuxième autant qu'au premier, on ne fait pas pareil.
Parce qu'il y a certaines choses qu'on a acquis. On est moins mère poule, on est moins "attention tu risques de tomber!". On le laisse plus facilement à garder. Il fait tout en avance par rapport à l'aîné. Forcément, puisqu'on fait des choses pour l'aîné avec lui.
Mais l'amour pour le deuxième, c'est le même.

Évidemment que, parfois, il y a des affinités avec l'un ou l'autre de mes enfants.
Lorsque que le moyen est un boulet (genre terrible two), j'avoue très honnêtement que j'apprécie plus de passer des moments avec le grand.
Mais quand le grand parle très aigu (parce qu'il ne veut plus faire de sieste alors que put** il pourrait dormir une heure, ça lui ferait du bien - et à nous aussi), j'aime autant aller me balader avec le moyen.

Je n'ai aucun problème avec ce genre de sentiments. J'aime très fort mes enfants pour ce qu'ils sont. Pour leurs différences et pour les choses qu'ils remuent en moi. Mais, en fonction des humeurs et des jours, en fonction des périodes et des activités, j'aime autant la compagnie de l'un ou de l'autre.



Et le troisième?
Tout pareil.
Sauf que pour moi, le troisième, c'est le dernier (si si). C'est la dernière d'ailleurs. La chouchoute :)
Le troisième, c'est celui qui grandit trop vite. C'est le dernier bébé qui suit, qui contemple les deux autres, qu'on a moins le temps de voir, de regarder, de contempler.
Le troisième, on l'aime aussi fort que les deux autres. Encore une évidence.
Le troisième, il est encore un peu de nous qu'on ne connaissait pas. Il nous fait découvrir des moments qu'on pensait ne jamais connaître (tiens, un nain qui dort en poussette, c'est possible).

Avant, je ne supportais pas les gens qui me disaient "ça passe trop vite hein?" ou bien "ça grandit trop vite non?". Bin non. Avant je répondais : "c'est bien aussi quand ça grandit". Et oui, c'est vrai, c'est bien aussi quand ça grandit. Mais là, avec ma dernière, j'aimerai parfois mettre sur pause. Garder un peu de cet amour-bébé, de cet amour "animal", de ces moments câlins qui tendent à devenir plus rares.
Oui, ça file. L'amour grandit mais le temps file.

Une fois qu'on a fait un nain, l'amour, on l'a. Après, on décide (ou pas) d'en donner à d'autres.
Personnellement, je n'ai jamais pu imaginer n'avoir qu'un seul nain. Parce que je viens d'une famille nombreuse et que le Mâle aussi, nous avons toujours désiré trois enfants. La vie, la chance aussi, a fait que nous avons nos trois nains.
Et qu'on les aime. Mais grave.

Si le temps n'est pas extensible lorsque l'on a des enfants (voir Opus 1), l'amour, lui, l'est.
Après, il ne faut pas se forcer. Certains enchaînent les nains, d'autres préfèrent en avoir un.
Je ne pense pas qu'il y ait un "bon nombre" d'enfants. Il y a la vie, le vécu, notre histoire et nos possibilités (physiques et psychiques). Il y a ce dont on se sent capable et il y a ce qu'on ressent.

Comme je l'ai dit, l'important c'est ce sentiment d'être au complet.
Chez moi, comme le dit si bien mon amie Praline (oui, c'est un pseudo, mais ça lui va bien), c'est à cinq que nous nous sentons au complet.

Cinq, ou le déséquilibre parfait.
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