16 mars 2011

Bienvenue chez les Chtis le nain!

"Oh tiens, il fait beau"
Enfin, bon, d’accord, ce n’est qu’un minuscule rayon de soleil qui peine à percer la couche nuageuse épaisse. Mais crois-moi, après avoir passé deux jours sous la bruine, on devient très optimiste.

Ah, les vacances. Avec les nains.
Tu te souviens de la plage n’est-ce pas ?
Tu te souviens des serviettes humides, des trous creusés par ta pomme à l’aide d’une mini-pelle et des barquettes trois chatons sablonneuses et pré-mâchées ?
Et bien, les vacances de février à la mer, c’est pire.
Déjà, à savoir, le Nord Pas de Calais, c’est, comment dire…humide. Surtout en février.
Oui, bon ça va, on aurait pu aller à la neige. Heu non, pas la neige.
On aurait pu aller au soleil. Mais le soleil c’est minimum dix heures de voiture. Et ça, heu, comment dire, c'est juste pas possible.

Donc, direction le Nord Pas de Calais.
Moi aussi je t'aime

Je vous vois venir, lecteurs moqueurs (et pourvus d'une grande culture cinématographique),  vous imaginez cette mauvaise scène où la pluie se met à tomber à peine passé le panneau « Bienvenue dans le Pas de Calais ». Détrompez vous lecteurs, il pleuvait déjà quelques minutes avant le panneau. Vilains.

Comme tout bon parent de nains, j'avais sélectionné un petit gîte (pas cher) avec jardin clos pour animal genre labrador (et pour nains à défouler).
L'avantage du Nord Pas de Calais, c'est que le gîte y est peu cher. En même temps, manquerait plus que ça nous coûte un bras de venir regarder la pluie tomber pendant une semaine hein?

Bon, l'avantage-bis c'est que ce n'est pas très loin, à peine deux heures et demie de route. Crois moi, c'était amplement suffisant puisque nous n'avions pas sorti les mini-lecteurs dividi. Pensant, à tort, que les nains auraient envie de "dormir un peu on arrivera plus vite". Que nenni. Les nains ont alterné les périodes de veille prolongée (30 minutes de sommeil bouche ouverte pour Petit Nain) et les périodes de folie furieuse (à coups de "Pourquoi???" et "Parce que c'est la vie vieux caca").
Le Mâle et moi, on a trouvé le trajet suffisamment long du coup.

Le GPS nous a (en plus) conseillé de prendre les micro-routes les plus improbables du coin.
- Tournez à droite (voix sensuelle du GPS)
- Touné à dwate (voix criarde de Petit Nain)
- Merci Petit Nain, on n'avait pas bien entendu
- TOUNé à DWATE PAPA!!!! (hurle)
- Oui, bin ça va Petit Nain on a compris là...
- Maman???
- Oui Grand Nain?
- Pourquoi on doit tourner à droite maman?
- Pour arriver au gîte mon chat...
- A DWAAAAAAAAAAATE!!!!
- OUI PETIT NAIN ON A COMPRIS TU VAS ARRÊTER TOUT DE SUITE (Le Mâle, qui a eu la trouille du cri de putois de Petit Nain)
- Faites demi-tour! Faites demi-tour (voix sensuelle du GPS)
- Nan mais elle est conne celle là! (Le Mâle, courroucé à l'idée qu'une vulgaire machine lui fasse remarquer qu'il aurait mieux fait de l'écouter)
- Pourquoi elle est conne papa?
- Heu, bête Grand Nain, je voulais dire bête.

elle va se taire la salope???

Après quelques détours, quelques injures et un débranchement intempestif de la prise allume-cigare (alimentant la salope du GPS), nous voilà arrivés au gîte.
Le gîte, ah, le gîte…
80 m² à cinq. Du carrelage blanc et des pattes de toutou pleines de terre, une cuisine sans sel ni poivre, ni huile ni rien du tout (pourrait pas laisser le minimum bordel de nain ?), et dehors, une légère bruine et un ciel gris.

En même temps, ce n'est pas très grave, les nains ne viennent que pour une seule chose:

La mer ! La mer !
Le nain est briefé, il veut voir la mer. D’ailleurs les nains veulent voir la mer (bien que le petit ne fasse que répéter ce que dit le grand).

- On ira voir la mer demain le nain. Promis.
- Pourquoi pas tout de suite (il chouine)
- Écoute Grand Nain, il fait nuit noire (et il pleut) alors on ira demain matin
- Mais moi je veux y aller tout de suite
- ça suffit Grand Nain, on va au dodo

Les nains couchés (après promesses maritimes), le Mâle et moi même savourons le silence.
Et les ronflements du chien. 80m² ça rapproche.

Le lendemain - il pleut
vue du gîte

7h45 : Lever. Petit déjeuner et jeux débiles (et bruyants)
8h00: Un peu de dessins-animés (Papa et Maman ont envie de déjeuner dans le calme - un peu)
9h: En fonction de la météo, sortie à Nausicaa ou à la plage de Boulogne sur Mer.
9h02: le groupe se décide pour Nausicaa (rapport à la bruine)
9h15: Je préviens qu'il va falloir s'habiller
9h18: les nains sont en train de se courir après avec une desserte à roulette
9h20: Petit Nain est coincé sous la desserte à roulette
9h30: Le Mâle est prêt, lui
9h32: Le Mâle a parlé trop vite, il vient de se faire gerber dessus par une petite micronaine en combi pilote moumoutée
9h44: je menace les nains (en pyjama) de privation de télé s'ils ne s'habillent pas toudessuite
9h45: Le Mâle me regarde d'un air interloqué (rapport au fait que je menace de priver de télé alors qu'il n'y a que ça à faire quand il pleut)
10h: les nains sont habillés. Grand Nain a mis une culotte (propre) sur la tête pour faire rire son frère. 10h03: Petit Nain, engoncé dans son anorak, prévient qu'il a fait caca
10h10: Grand Nain se promène avec sa pelle dans toute la maison en chantant "Bob le Bricoleur"
10h11: Le Mâle nous "attend dans la voiture"
10h15: Les nains sont dans la voiture, tu es trempée. Le Mâle règle le GPS.

En route pour Nausicaa. Le nain demande si on va voir la mer. Pas encore le nain, on va d'abord voir les poissons.

Nausicaa, c'est cher. Surtout si tu n'as pas (encore) ta carte famille nombreuse.
Mais bon, allez, c'est une fois de temps en temps qu'on se fait un truc chouette.
La poussette est autorisée et on peut aller partout avec (ou presque).
Grand Nain s'empare du plan de l'aquarium et fait le petit chef.
Petit Nain veut déjà que je le porte. Formidable.15 kilos.
Ya pas à dire, c'est chouette. Surtout si tu aimes les crustacés et les poiscailles.
Petit Nain " a peur" et Grand Nain avance vite en criant "venez, c'est par là" (avec sa carte à la main).
Le Mâle lit les petits résumés et moi, lamentablement, je répète ce que devait dire ma mère il y a vingt ans "Venez voir les enfants, c'est chouette, des HIPPOCAMPES!! Tu as vu Grand Nain? Tu as vu Petit Nain"
Et les nains, comme j'ai du faire il y a vingt ans, continuent d'avancer en m'ignorant cordialement.
Pardon Maman.

Regardez les nains....c'est MA-GNI-FIQUE. Heu? Les nains? Revenez les nains....

La visite est chouette, Petit Nain scotche sur des tortues et a tendance au hurlement hystérique quand il aperçoit un élément étonnant (type poisson flippant ou tortue végétative).
Grand Nain écoute le gentil soigneur qui raconte comment il donne à manger aux poissons.
Petit Nain veut se jeter dans la piscine aux requins (tu le retiens tout de même - ça ferait mauvais genre).
Grand Nain flippe sa race de passer dans le tunnel (vitré sous les pieds) des lions de mer. Il pense que ça va s'effonder sous son poids et longe les murs. Ri-di-cule.

- Ecoute chéri, tu penses bien que c'est solide.
- J'a peur maman
- On dit j'ai peur chaton. Mais viens, tu vois bien que maman est (mille fois) plus lourde que toi, alors tu ne risques rien

Mais Grand Nain continue à faire sa chochotte et ne veut plus mettre un pied dans le tunnel. Où son frère, lui, est étalé de tout son long et hurle à chaque passage de lion de mer:
- Encooooore!!!!!
- Petit Nain relève toi, les gens vont te marcher dessus
- Noooooooooon, encore lé fok!
- Les lions de mer chéri (Le Mâle a lu le pannonceau explicatif, il frime donc)
- Noooon Papa! Dodo avec les ions
- Nan nan le nain, tu te relèves et tu viens (surtout que wondermaman te regarde d'un air hautain tandis que ses wondernains commentent la taille des moustaches des lions de mers, qui en dit long, selon eux, sur la qualité de l'eau de leur piscine).

Un peu plus loin, le nain aperçoit la plage de Boulogne à travers une fenêtre.
Et là c'est le drame. Il se rend compte que la plage n'est pas loin.
- La plaaaage maman, on va à la plage!!!
- Oui chéri, on termine la visite de l'aquarium (on savoure - ça nous a coûté un bras) et on y va
- Toudessuiiiiite maman!!! (chouine)
- On termine chéri, et après PROMIS on y va
Le nain en rêve. La plaze. La plaze. Je t'ai déjà dit que le nain était monomaniaque?

Mais c'est trop tard et le dernier quart d'heure de visite sera de trop. Grand Nain court devant en criant "plage! plage!", Petit Nain fait pareil (aucune personnalité celui là) et Le Mâle ronchonne que "franchement, la prochaine fois on se colle devant l'aquarium au homard de chez Maître Kanter, ils seront tout aussi contents".
Jusqu'à l'aquarium contenant les poissons clown:

- Chéri, tu as vu?? (lamentable tentative de ma part pour appâter le nain)
- QUOI maman? (le nain est d'humeur maussade)
- Regaaaarde, c'est Némo (voix limite débile)
- Maman, je m'en fous de Némo. Je veux la plage.
- Ok le nain. Je suis cassée.


Même ce mauvais Némo n'a pas eu le succès escompté. Pourri de nain.

Je te passe sur les mille virées à la plaaaaze. Avec pelles pour creuser des trous. Avec seau pour remplir les trous d'eau.
Sur les cris de nains qui "ne veulent pas partir", qui veulent "encore le sable" et qui souhaitent "rester encore un tout ptit peu" dans le froid bruineux.

Le Nord Pas-de-Calais, ça vous gagne.

15 mars 2011

Elle a testé pour toi la césarienne d'urgence, oui, elle est sympa

Je ne peux pas tout tester. Déjà, parce que je n'ai pas le temps, et puis aussi parce qu'il y a des choses qu'on ne programme pas. Un nain qui dort par exemple, ça ne se programme pas (sinon tu penses bien...).
Un accouchement non plus.
Et le récit que m'a envoyé Ninoo m'a touché. Beaucoup. Donc, voilà pour toi, public, un accouchement en urgence, par césarienne.
Et on félicite Ninoo, jamais évident de raconter, jamais évident de dire les choses. Bravo donc, et continue à écrire, tu le fais très très bien.

mignon le nain césarisé...

J'ai testé pour toi : l'accouchement par césa (en urgence)



Par un bel après-midi de fin août, j’allais signer avec mon tendre et cher le bail de l’appartement dans lequel nous allions emménager quelques jours plus tard. Bon ok, ce que je ne t’ai pas encore dit lecteur, c’est que c’était 3 jours avant ma DPA. Je m’en va donc rejoindre - en clio s’il teuplé - mon chéri à l’agence afin que nous apposions nos plus beaux autographes au bas d’un parchemin (Brassens, si tu nous entends). A l’aller je ressens quelques spasmes dans le ventre, mais rien de bien concluant. Surtout, étant une primi sans aucun souci durant la grossesse, je ne sais pas ce qu’est une contraction.
Arrivée à l’agence, ça se calme un peu. On signe tout le tralala, 30 minutes plus tard on sort, et je dis à mon chéri avec ma plus belle petite voix : «Bon euh, pour le retour, c’est toi qui va conduire ; je me sens pas très bien».


Le départ


On arrive dans notre-chez-nous-tout-pourri-que-vivement-qu’on-se-casse-j’en-eux-plus-de-cet-appart-mer*%$£§, je m’allonge sur mon canap’ Mikéa, et là, c’est partiiiii! Ca contracte, toutes les 2 minutes s’il teuplé, réglée comme une montre suisse. Il est 18h30. Bon, pas d’affolement, je n’ai pas perdu les eaux, la gentille sage-femme de la préparation à l’accouchement a dit «Vous spasfonnez x 2 toutes les 20 minutes 3 fois, si ça ne s’arrête pas vous attendez encore 1h et vous partez à la clinique». Ok madame, je spasfonne, ça ne fait rien. On attend encore 1h, ça contracte toujours. Allez zou! «Chériii? On y va là».
Mon chéri prend ses clics et ses clacs, enfin surtout les sacs préparés par wonder-future-maman... ou pas, et à 20h30 nous v’là partis.


Enfin presque. Arrivée devant la voiture, j’ouvre la portière, je n’ai pas le temps de monter-en-voiture-simone que Flac, je perds un peu des eaux, de couleur brune. «Tiens, il a commencé à rejeter son méconium» me -dis-je (Non, je ne suis pas médecin, juste très bien informée). Demi-tour, je me lave, me change, mets une protection XXL en sachant pertinemment que ça ne servira à rien si je perds le reste des eaux sur le trajet, et zou n°2, nous v’là partis pour de bon! Au passage on se souviendra du ralentisseur dans la résidence devant lequel on a du s’arrêter «parce que là chéri j’ai une contractiiiiiionnnn!»


Arrivée à la mat'


A 21h, driiiiiiinnnnggg! Bonsoir mesdames les sage-femmes, c’est pour un colis! La zentille madame m’installe en salle de travail, me questionne, m’examine, et là le verdict tombe : «Ah ben vous êtes là pour un moment, vous êtes à 1». Quoiiiii? Déjà 2h30 et je ne suis qu’à 1? C’est quoi c’t’arnaque? Bon je m’attendais à ce que ce soit long, mais quand même, ça fout un mini coup au moral. Même pas 1 et demi?


Pour l’instant la douleur est supportable. Enfin, elle l’est surtout parce-que - et ça je ne te l’ai pas encore dit lecteur - j’ai HORREUR des aiguilles. Donc l’idée qu’un grand machin me soit enfoncé dans le dos me fait très bien supporter la douleur. (Pour ceux qui n’ont pas suivi je parle de la péridurale là, hein). Après le monito - toujours réglée comme une montre suisse - la sage-femme me réexamine ; ça n’avance pas des masses. Elle me fait comprendre qu’il va falloir accélérer le mouvement. Je lui demande de me débrancher pour pouvoir bouger, et me mets à ballonner. Non, je ne gonfle pas comme un ballon, je fais du ballon. Enfin, du ballon de femme enceinte quoi. Mon chéri m'assiste dans les grandes manoeuvres. Ca marche bien, en une demi-heure je me retrouve à 4.


Ca vient bordel???


Il est 23h30, je fais-bli et les contractions commencent à faire super mal nom-d’un-chien! «Euh chéri, je me sens pas très bien là» dis-je en manquant de l’évanouir. C’est le moment que choisit la sage-femme pour revenir. Merci mon dieu. «En fait je veux bien la péri finalement» (toutes les mêmes). «Ok madame, on va vous installer en salle d’accouchement et j’appelle l’anesthésiste».


Minuit, toujours pas de péri. Mais il est où ce put*** d’anesthésiste??? Vous remarquerez que l’anesthésiste il n’arrive jamais rapidement. Jamais. Pourtant on lui laisse de bon honoraires à cet enf*** d’anesthésiste. Mais nan. Surtout, te presse pas mon coco. Pis c’est toujours un homme. Qui ne sait pas ce que c’est d’enfanter. Qui ne sait te dire que 2 choses quand tu lui dis que si possible, t’aimerais bien accoucher sans péri (enfin dans mon cas surtout sans l’aiguille) : «Mais madame, pourquoi voulez-vous souffrir?» et «De toute façon, vous y viendrez quand même». Merci. Payer une consultation pré-accouchement à 5 semaines du terme quand t’es bourrée d’hormones sensibles pour entendre ça, ça fait toujours plaisir.


Minuit 30, môssieur Iphaune ramène enfin sa fraise. Oui oui, môssieur Iphaune, je ne plaisante pas ; il est entré dans la salle en l’ayant à la main et l’a posé sur la table de préparation juste à côté de son bordel. Très hygiénique. Et puis c’est sûr qu’à minuit 30 on reçoit beaucoup d’appels. Bref. Je lui rappelle - au cas où il n’ait pas lu mon dossier, ce qui est fort probable (mais alors elle sert à quoi cette put*** de consultation pré-accouchement???) - que les aiguilles c’est pas du tout mon truc et qu’il va falloir la jouer cool. Bon an mal an, après quelques gigotements et couinements de ma part, il arrive à poser son bidule. Et là, c’est le drame. Il ne se passe rien. «Normalement il faut attendre 20 minutes à une demi-heure pour que ça fasse effet» me dit la sage-femme. Et c’est maintenant que tu me préviens???


A 1h du mat’, les contractions me vrillent le bide, le dos, tout, et pas le moindre signe d’effet de la péri. La sage-femme revient : «Ok, je rappelle l’anesthésiste, on va reposer une péri». Me voilà servie ; moi qui ai HORREUR des aiguilles, je suis bonne pour revenir en 2e saison. Mouarffff. Et l’anesthésiste qui me rejoue le sketch de l’attente. 1h40, rebelotte. Les 2h qui se sont écoulées n’ont été que douleurs, et noms d’oiseaux intérieurs à destination de cet anesthésiste à la noix.


Là je pose mes conditions. Hors de question que ça se passe comme la première fois. Mon p’tit bonhomme, je ne vois pas ce que tu traficotes dans mon dos et ça m’angoisse. Alors tu vas me dire étape par étape ce que tu fais si tu veux que ça se passe bien. Sinon toi et ton Iphaune je vous séquestre ici jusqu’à la fin de l’accouchement. La sage-femme me tient devant, môssieur loquace parle enfin, et tout fonctionne comme sur des roulettes. A peine a-t-il fini de poser son attirail que ça y est, je ne sens plus rien. Ô joie zé bonheur. Mais pourquoi ça ne s’est pas passé comme ça la première fois? Pourquoi???


Je sens toujours les contractions, mais plus les douleurs. Magique. Je peux même bouger le bas du corps, moi qui pensais que ça allait totalement m’immobiliser. La sage-femme me réexamine, rompt définitivement la poche des eaux. Le travail continue, je fais d’autres types d’exercices pour aider la dilatation, ça avance pas trop mal. Je dormouille un peu aussi, pareil pour mon chéri.


Euh, y a comme un problème...


Oui mais il y a un hic. Déjà mon réglage montre suisse se dérègle. Les contractions deviennent irrégulières, en temps et en intensité. Passe encore. Mais là il y a un deuxième hic. Vers 4h du mat le rythme cardiaque du bébé commence à faire n’importe quoi. Genre je monte à 200 et après je descends à 60. La sage-femme me fait changer de position. Ca va un peu mieux.


A 4h30 une femme hurle dans une salle d’accouchement voisine. Ca réveille mon homme, on se regarde, pas besoin de parler. On se refait mentalement le sketch d’Anthony Kavanagh.


Et puis en fait non, ça recommence. Je rechange de position. Pas mieux. A 5h je suis à 8, la gynéco et la sage-femme me font comprendre qu’elles me laissent encore une chance, mais que genre si dans 30 minutes je ne suis pas à 10 il faudra «envisager une autre solution». Ouais ok, je pige le truc ; tu me parles de césarienne là c’est ça? Bon allez, je veux encore croire que tu me parles de ventouse ou de forceps, mais je sais bien dans mon fort intérieur que tu me parles de césarienne. Pourquoi tu ne le dis pas direct? Il est 5h, Paris s’éveille, mais ce n’est pas le propos, moi je n’ai pas dormi de la nuit, je suis shootée à la péri, et toi tu oses encore employer des périphrases?


5h30 : je suis à 9. On voit le bout du tunnel. Enfin surtout le colis. Ou pas. Entrée en scène de la gynéco et de la sage-femme. «Bon ben là on n’a plus le choix, on part au bloc». A 9. Non mais j’hallucine. Tout ça pour ça! Mon chéri me regarde pas rassuré du tout. Moi, 11h que je «travaille» (j’espère au moins que j’aurai un RTT!), le cri de la dame de 4h30 incrusté dans les oreilles, la péri qui me shoote, je réponds bêtement «Ok». Je rends les armes. Si les madames avec leur air pas rassuré elle disent qu’on y va, ben, on y va.


La césa (en urgence)


Ca n’a pas fait un pli. Avant 6h j’étais au bloc. Comment ça se passe? Déjà sache que tu es consciente tout le long. Et que si tu as de la chance ton homme peut t’accompagner.
On t’allonge complètement, te met les bras en presque croix sur des espèces de soutien-bras (extensions de la table d’opération).


L’anesthésiste - Tiens il est déjà là lui? Il est arrivé plus vite que les fois précédentes! - te murmure à l’oreille que tu vas tout sentir mais pas la douleur et que c’est normal. Il te passe un autre produit, plus fort, dans le tube de la péri. On te change la perf aussi.


On suspend un drap au niveau de ta poitrine pour pas que tu vois ce que traficotent les gens avec le bas de ton corps (et il vaut mieux). Et là tu sens qu’on te bouge le bassin, dans tous les sens. Tu vois le haut du corps de la gynéco qui gigote. Elle est en train d’inciser ton ventre sur une dizaine de centimètres au niveau de la naissance des poils pubiens. Tu aperçois la puéricultrice qui s’apprête à réceptionner le colis.


Et enfin tu entends un cri de petit chat (ou de gros lion, selon le modèle) qui sort de son habitacle, pas content le petit chat (gros lion) d’avoir été délogé. Et que je m’époumone allègrement. La puéricultrice me le montre en me disant «Il va bien» (ah ben vu comment il crie il a pas l’air d’être mort en effet!) et l’apporte à côté de ma tête pour que je puisse le voir de plus près et l’embrasser tendrement.
Puis elle l’emmène sur une petite table de l’autre côté de ma tête pour lui faire les premiers soins. Je ne le quitte pas des yeux. Qu’il est beau mon fils! Y en a des tas comme ça, mais celui là c’est le mien!


Pendant ce temps la gynéco te recoud. En me disant que c’était la bonne solution, car l’expulsion aurait été très difficile vu qu’au dernier moment petit chat avait décidé de relever la tête vers le haut. Que le cordon n’était pas autour de son cou, mais pas bien placé (ça, à force de faire joujou avec pendant la grossesse...). Qu’il avait du méconium dans la bouche (pas avalé mais sur le point). Bref, aucuns regrets à avoir. Ah mais rassurez-vous madame, moi je n’ai pas de regrets d’avoir été césarisée! S’il fallait en passer par là pour qu’il sorte en -presque- bonne santé, la messe est dite!


L'after


Petit chat - gros lion part avec nouveau papa vers la salle à bébés. Il restera en couveuse 2h ; protocole normal après une césarienne.


De mon côté direction la salle de réveil - mais je ne suis pas endormie moi! - pour attendre que les effets de l’anesthésie s’estompent.


Puis retrouvailles en famille - eh oui, ça y est! - dans la chambre, avec petit chat qui est bien content de se mettre quelque chose sous la dent, parce-que tu comprends maman, les émotions, ça creuse! Et oui même après une césarienne tu peux aussi allaiter ton bébé sans problème.


Epilogue


Les jours qui ont suivi j’ai juste regretté que la décision soit intervenue à 9. Oui parce-qu’en plus de me taper les désagréments de l’opération - genre tu ne peux pas te lever avant le lendemain et même le lendemain tu en chies, genre la cicatrice te tiraille un peu, genre ça fait un peu maaal quand même - je me suis aussi pris les courbatures des contractions en pleine gueule. Ah ben oui tu n’as pas mal pendant l’accouchement, mais après tu ne restes pas sous péri (faut pas rêver non plus). 11h de contractions, ton corps il lui faut quelques jours pour oublier.


Moi qui m’était fait tout un monde de l’accouchement, j’aurais presque tout eu. Ca me terrifiait. J’ai été servie. Un travail long, une péri, qui ne fonctionne pas, une deuxième, et au final une césarienne. Si ça n’avait pas été la césarienne, à coup sûr j’aurais eu droit à une épisio et le marmot aux forceps/ventouse.


Avant l’accouchement celles qui étaient passées par là me disaient «Tu verras, même si c’est difficile et douloureux, ça n’est pas ce que tu retiendras». Je ne les croyais pas. Force est de constater que c’est vrai. Il doit y avoir un système automatique d’effacement d’une partie des souvenirs de ton accouchement dans ton cerveau. La partie qui contient la mémoire de la douleur. On doit toutes être livrées avec à la naissance. Sinon je ne vois pas POURQUOI, en TOUTE CONSCIENCE, on ferait le choix de recommencer cette aventure, encore, et encore, et encore et encore, toutes. Pour ma part, je ne déroge pas à la règle : je remettrais bien ça... mais pas tout de suite!


Ninoo le Chat
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